{"id":392,"date":"2020-06-12T12:27:01","date_gmt":"2020-06-12T11:27:01","guid":{"rendered":"https:\/\/mythslegendes.com\/?page_id=392"},"modified":"2020-06-12T12:27:01","modified_gmt":"2020-06-12T11:27:01","slug":"la-guerre-des-gaules-vii","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/gallic-mythology\/the-gallic-wars-vii\/","title":{"rendered":"The Gallic Wars VII"},"content":{"rendered":"<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_82_2 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-grey ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Contents<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewbox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewbox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseprofile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-2'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/gallic-mythology\/the-gallic-wars-vii\/#LIVRE-SEPTIEME-52-av-J-C\" >LIVRE SEPTI\u00c8ME 52 av. J.-C.<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"LIVRE-SEPTIEME-52-av-J-C\"><\/span>LIVRE SEPTI\u00c8ME<br>52 av. J.-C.<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h2>\n\n\n\n<p>1. Voyant la <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/gallic-mythology\/\">Gaul<\/a> tranquille, C\u00e9sar, ainsi qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9cid\u00e9, part pour l\u2019Italie afin d\u2019y tenir ses assises. L\u00e0, il apprend le meurtre de Publius Clodius et, ayant eu connaissance du s\u00e9natus-consulte qui ordonnait l\u2019enr\u00f4lement en masse de la jeunesse d\u2019Italie, il entreprend une lev\u00e9e dans toute sa province. La nouvelle de ces \u00e9v\u00e9nements parvient vite en Transalpine. Les <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/gallic-mythology\/\">Gallic<\/a> y ajoutent de leur propre chef, inventent et r\u00e9pandent une nouvelle qui leur paraissait \u00eatre le compl\u00e9ment naturel de la premi\u00e8re : C\u00e9sar \u00e9tait retenu par les troubles de Rome, et il ne lui \u00e9tait pas possible de se rendre \u00e0 l\u2019arm\u00e9e quand la lutte des partis \u00e9tait si vive. L\u2019occasion excite ces hommes qui d\u00e9j\u00e0 ne supportaient qu\u2019avec impatience d\u2019\u00eatre soumis au peuple Romain : ils commencent \u00e0 faire des projets de guerre avec plus de libert\u00e9 et de hardiesse. Les chefs gaulois s\u2019entendent pour tenir des conciliabules dans des lieux \u00e9cart\u00e9s, au milieu des bois l\u00e0, ils se plaignent de la mort d\u2019Acco ; ils montrent que ce sort peut devenir le leur ; ils d\u00e9plorent le malheur commun des Gaulois ; en promettant toutes sortes de r\u00e9compenses, ils demandent instamment qu\u2019on entre en guerre et qu\u2019on joue sa vie pour rendre \u00e0 la Gaule sa libert\u00e9. \u00ab La premi\u00e8re chose, disent-ils, \u00e0 laquelle on doit aviser, c\u2019est de couper C\u00e9sar de son arm\u00e9e avant que leurs projets clandestins ne soient divulgu\u00e9s. C\u2019est chose facile, car les l\u00e9gions n\u2019osent pas, en l\u2019absence du chef, sortir de leurs quartiers d\u2019hiver et, de son c\u00f4t\u00e9, le chef, sans escorte, ne peut rejoindre ses l\u00e9gions ; et puis mieux vaut mourir en combattant que de ne pas recouvrer l\u2019antique honneur militaire et la libert\u00e9 que les a\u00efeux ont l\u00e9gu\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>2. Apr\u00e8s mainte discussion sur ces projets, les Carnutes d\u00e9clarent que pour le salut de la patrie il n\u2019est pas de danger qu\u2019ils n\u2019acceptent, et ils promettent d\u2019\u00eatre au premier rang des r\u00e9volt\u00e9s. \u00ab Puisque pour le moment on ne peut se garantir mutuellement par un \u00e9change d\u2019otages, car cela risquerait d\u2019\u00e9bruiter leur projet, que du moins, disent-ils, on s\u2019engage par des serments solennels, autour des \u00e9tendards r\u00e9unis en faisceau &#8211; c\u00e9r\u00e9monie qui noue, chez eux, le plus sacr\u00e9 des liens &#8211; \u00e0 ne pas les abandonner une fois les hostilit\u00e9s commenc\u00e9es. \u00bb On f\u00e9licite \u00e0 l\u2019envi les Carnutes ; le serment est pr\u00eat\u00e9 par toute l\u2019assistance, et on se s\u00e9pare apr\u00e8s avoir fix\u00e9 la date du soul\u00e8vement.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Quand arrive le jour convenu, les Carnutes, entra\u00een\u00e9s par Cotuatos et Conconn\u00e9todumnos, hommes dont on ne pouvait rien attendre que des folies, se jettent, \u00e0 un signal donn\u00e9, dans C\u00e9nabum, massacrent les citoyens romains qui s\u2019y \u00e9taient \u00e9tablis pour faire du commerce, mettent leurs biens au pillage ; parmi eux \u00e9tait Ca\u00efus Fufius Cita, honorable chevalier romain, que C\u00e9sar avait charg\u00e9 de l\u2019intendance des vivres. La nouvelle parvient vite \u00e0 toutes les cit\u00e9s de la Gaule. En effet, quand il arrive quelque chose d\u2019important, quand un grand \u00e9v\u00e9nement se produit, les Gaulois en clament la nouvelle \u00e0 travers la campagne dans les diff\u00e9rentes directions ; de proche en proche, on la recueille et on la transmet. Ainsi firent-ils alors ; et ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 C\u00e9nabum au lever du jour fut connu avant la fin de la premi\u00e8re veille chez les Arvernes, \u00e0 une distance d\u2019environ cent soixante milles.<\/p>\n\n\n\n<p>4. L\u2019exemple y fut suivi : Vercing\u00e9torix, fils de Celtillos, Arverne, jeune homme qui \u00e9tait parmi les plus puissants du pays, dont le p\u00e8re avait eu l\u2019empire de la Gaule et avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par ses compatriotes parce qu\u2019il aspirait \u00e0 la royaut\u00e9s, convoqua ses clients et n\u2019eut pas de peine \u00e0 les enflammer. Quand on conna\u00eet son dessein, on court aux armes. Gobannitio, son oncle, et les autres chefs, qui n\u2019\u00e9taient pas d\u2019avis de tenter la chance de cette entreprise, l\u2019emp\u00eachent d\u2019agir ; on le chasse de la ville forte de Gergovie. Pourtant, il ne renonce point, et il enr\u00f4le dans la campagne des mis\u00e9reux et desgens sans aveu. Apr\u00e8s avoir r\u00e9uni cette troupe, il convertit \u00e0 sa cause tous ceux de ses compatriotes qu\u2019il rencontre ; il les exhorte \u00e0 prendre les armes pour la libert\u00e9 de la Gaule ; il rassemble de grandes forces et chasse ses adversaires qui, peu de jours auparavant, l\u2019avaient chass\u00e9 lui-m\u00eame. Ses partisans le proclament roi. Il envoie des ambassades \u00e0 tous les peuples : il les supplie de rester fid\u00e8les \u00e0 la parole jur\u00e9e. Il ne lui faut pas longtemps pour avoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s les S\u00e9nons, les Parisii, les Pictons, les Cadurques, les Turons, les Aulerques, les L\u00e9movices, les <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/mythes-et-legendes-des-andes-2009\/\">Andes<\/a> et tous les autres peuples qui touchent \u00e0 l\u2019oc\u00e9an. A l\u2019unanimit\u00e9, on lui conf\u00e8re le commandement supr\u00eame. Investi de ces pouvoirs, il exige de tous ces peuples des otages, il ordonne qu\u2019un nombre d\u00e9termin\u00e9 de soldats lui soit amen\u00e9 sans d\u00e9lai, il fixe quelle quantit\u00e9 d\u2019armes chaque cit\u00e9 doit fabriquer, et avant quelle date ; il donne un soin particulier \u00e0 la cavalerie. A la plus grande activit\u00e9 il joint une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 extr\u00eame dans l\u2019exercice du commandement ; la rigueur des ch\u00e2timents rallie ceux qui h\u00e9sitent. Pour une faute grave, c\u2019est la mort par le feu et par toutes sortes de supplices ; pour une faute l\u00e9g\u00e8re, il fait couper les oreilles au coupable ou lui crever un oeil, et il le renvoie chez lui, afin qu\u2019il serve d\u2019exemple et que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du ch\u00e2timent subi frappe les autres de terreur.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Ayant, par de telles cruaut\u00e9s, rassembl\u00e9 en peu de temps une arm\u00e9e, il envoie chez les Rut\u00e8nes, avec une partie des troupes, le Cadurque Luct\u00e9riosi, homme d\u2019une rare intr\u00e9pidit\u00e9, et part lui-m\u00eame chez les Bituriges. Ceux-ci, \u00e0 son arriv\u00e9e, envoient une ambassade aux H\u00e9duens, dont ils \u00e9taient les clients, pour leur demander de les aider \u00e0 soutenir l\u2019attaque des ennemis. Les H\u00e9duens, sur l\u2019avis des l\u00e9gats que C\u00e9sar avait laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019arm\u00e9e, envoient au secours des Bituriges des cavaliers et des fantassins. Quand ceux-ci eurent atteint la Loire, qui s\u00e9pare les deux peuples, ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent, et, au bout de peu de jours, ils s\u2019en retournent sans avoir os\u00e9 franchir le fleuve ; ils rapportent \u00e0 nos l\u00e9gats que s\u2019ils ont fait demi-tour, c\u2019est qu\u2019ils craignaient la perfidie des Bituriges, car ils ont appris que leur intention \u00e9tait de les envelopper, eux d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les Arvernes de l\u2019autre, au cas o\u00f9 ils auraient pass\u00e9 le fleuve. Agirent-ils ainsi pour le motif qu\u2019ils d\u00e9clar\u00e8rent aux l\u00e9gats, ou ob\u00e9issaient-ils \u00e0 des pens\u00e9es de trahison ? N\u2019ayant l\u00e0-dessus aucune certitude, nous ne croyons pas devoir rien affirmer. Les voyant s\u2019en aller, les Bituriges s\u2019empressent de se joindre aux Arvernes.<\/p>\n\n\n\n<p>6. Quand la nouvelle de ces \u00e9v\u00e9nements parvint en Italie \u00e0 C\u00e9sar, celui-ci, voyant que d\u00e9sormais la situation int\u00e9rieure, gr\u00e2ce \u00e0 la fermet\u00e9 de Pomp\u00e9e, s\u2019\u00e9tait am\u00e9lior\u00e9e, partit pour la Gaule transalpines. Une fois arriv\u00e9, il se trouva dans un grand embarras comment parviendrait-il \u00e0 rejoindre son arm\u00e9e ? Si, en effet, il appelait les l\u00e9gions dans la Province, il voyait qu\u2019elles devraient en chemin livrer bataille sans lui ; s\u2019il allait vers elles, il se rendait compte que, dans les circonstances pr\u00e9sentes, il ne pouvait sans imprudence confier sa vie \u00e0 ceux-l\u00e0 m\u00eame qui paraissaient tranquilles.<\/p>\n\n\n\n<p>7. Cependant Luct\u00e9rios le Cadurque, qui avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 chez les Rut\u00e8nes, les gagne aux Arvernes. Il pousse chez les Nitiobroges et chez les Gabales, re\u00e7oit de chaque peuple des otages, et, ayant r\u00e9uni une forte troupe, entreprend d\u2019envahir la Province, en direction de Narbonne. A cette nouvelle, C\u00e9sar pensa qu\u2019il devait, de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tout autre plan, partir pour Narbonne. Il arrive, il rassure les courages \u00e9branl\u00e9s, place des d\u00e9tachements chez les Rut\u00e8nes de la province, chez les Volques Ar\u00e9comiques, chez les Tolosates et autour de Narbonne, toutes r\u00e9gions qui confinaient au territoire ennemi ; il ordonne qu\u2019une partie des troupes de la province et les renforts qu\u2019il a amen\u00e9s d\u2019Italie se concentrent chez les Helviens, qui touchent aux Arvernes.<\/p>\n\n\n\n<p>8. Apr\u00e8s avoir pris ces dispositions, comme d\u00e9j\u00e0 Luct\u00e9rios arr\u00eatait son mouvement et m\u00eame reculait, parce qu\u2019il trouvait dangereux de s\u2019aventurer au milieu de nos d\u00e9tachements, C\u00e9sar part chez les Helviens. Les C\u00e9vennes, qui forment barri\u00e8re entre les Helviens et les Arvernes, \u00e9taient en cette saison, \u00e0 l\u2019\u00e9poque la plus rude de l\u2019ann\u00e9e, couvertes d\u2019une neige tr\u00e8s haute qui interdisait le passage n\u00e9anmoins, les soldats fendent et \u00e9cartent la neige sur une profondeur de six pieds, et, le chemin ainsi fray\u00e9 au prix des plus grandes fatigues pour les hommes, on d\u00e9bouche dans le pays des Arvernes. Cette arriv\u00e9e inattendue les frappe de stupeur, car ils se croyaient prot\u00e9g\u00e9s par les C\u00e9vennes comme par un rempart et jamais, \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, on n\u2019avait vu personne, f\u00fbt-ce un voyageur isol\u00e9, pouvoir en pratiquer les sentiers ; alors C\u00e9sar ordonne \u00e0 ses cavaliers de rayonner le plus loin possible en terrorisant l\u2019ennemi le plus qu\u2019ils peuvent. Rapidement, par la rumeur publique, par des messagers, Vercing\u00e9torix apprend ce qui se passe ; tous les Arvernes, au comble de l\u2019\u00e9motion, l\u2019entourent, le pressent qu\u2019il pense \u00e0 d\u00e9fendre leurs biens, qu\u2019il ne laisse pas l\u2019ennemi les piller enti\u00e8rement, surtout quand &#8211; il le voyait bien &#8211; tout le poids de la guerre \u00e9tait pour eux. C\u00e9dant \u00e0 leurs pri\u00e8res, il l\u00e8ve le camp et quitte le pays des Bituriges pour se rendre chez les Arvernes.<\/p>\n\n\n\n<p>9. Mais C\u00e9sar ne resta que deux jours sur place : il avait pr\u00e9vu que Vercing\u00e9torix agirait effectivement de la sorte ; sous pr\u00e9texte d\u2019aller chercher du renfort et de la cavalerie, il quitte l\u2019arm\u00e9e, laissant le commandement des troupes au jeune Brutus : il lui recommande de faire des incursions de cavalerie de tous c\u00f4t\u00e9s, et de les pousser le plus loin possible ; quant \u00e0 lui, il t\u00e2chera de n\u2019\u00eatre pas absent plus de trois jours. Les choses ainsi r\u00e9gl\u00e9es, il se dirige \u00e0 marches forc\u00e9es vers Vienne, au grand \u00e9tonnement de son escorte. Il y trouve de la cavalerie fra\u00eeche, qu\u2019il y avait envoy\u00e9e un certain temps auparavant, et, ne cessant de marcher ni jour ni nuit, se dirige, \u00e0 travers le pays des H\u00e9duens, vers celui des Lingons, o\u00f9 deux l\u00e9gions hivernaient : il voulait, au cas o\u00f9 les H\u00e9duens iraient jusqu\u2019\u00e0 tramer quelque plan contre sa vie, en pr\u00e9venir, par sa rapidit\u00e9, l\u2019ex\u00e9cution. Une fois arriv\u00e9, il envoie des ordres aux autres l\u00e9gions et les concentre toutes sur un seul point avant que les Arvernes aient pu apprendre qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0. Quand il conna\u00eet la situation, Vercing\u00e9torix, \u00e0 nouveau, ram\u00e8ne son arm\u00e9e chez les Bituriges, puis quitte leur territoire et se dispose \u00e0 assi\u00e9ger Gorgobina, ville des Bo\u00efens : C\u00e9sar les y avait \u00e9tablis apr\u00e8s les avoir vaincus dans la bataille contre les Helv\u00e8tes, et il les avait plac\u00e9s sous l\u2019autorit\u00e9 des H\u00e9duens.<\/p>\n\n\n\n<p>10. Cette manoeuvre mettait C\u00e9sar dans un grand embarras : s\u2019il gardait ses l\u00e9gions dans leurs quartiers pendant le reste de l\u2019hiver, il devait craindre que, ayant laiss\u00e9 \u00e9craser un peuple qui \u00e9tait tributaire des H\u00e9duens, la Gaule enti\u00e8re n\u2019entr\u00e2t en dissidence, puisqu\u2019on verrait que ses amis ne trouvaient en lui aucune protection ; s\u2019il les faisait sortir pr\u00e9matur\u00e9ment, il devait craindre d\u2019avoir \u00e0 souffrir du c\u00f4t\u00e9 du ravitaillement, par suite de la difficult\u00e9 des transports. Il crut qu\u2019il valait mieux n\u00e9anmoins tout supporter, plut\u00f4t que de s\u2019ali\u00e9ner, en acceptant un tel affront, l\u2019unanimit\u00e9 de ses partisans. Il invite donc les H\u00e9duens \u00e0 lui fournir des vivres, et se fait pr\u00e9c\u00e9der chez les Bo\u00efens d\u2019une ambassade qui annoncera sa venue et les exhortera \u00e0 rester fid\u00e8les, \u00e0 supporter vaillamment le choc de l\u2019ennemi. Laissant \u00e0 Ag\u00e9dincum deux l\u00e9gions et les bagages de toute l\u2019arm\u00e9e, il se met en route pour le pays des Bo\u00efens.<\/p>\n\n\n\n<p>11. Le second jour, il arriva devant Vellaunodunum, ville des S\u00e9nons voulant ne pas laisser d\u2019ennemi derri\u00e8re lui pour n\u2019\u00eatre pas g\u00ean\u00e9 dans son ravitaillement, il entreprit d\u2019en faire le si\u00e8ge, et en deux jours, il l\u2019eut entour\u00e9e d\u2019un retranchement ; le troisi\u00e8me jour, la place envoya des parlementaires pour traiter de la reddition : il ordonne qu\u2019on <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/book-libraries\/\">book<\/a> les armes, qu\u2019on am\u00e8ne les chevaux, qu\u2019on fournisse six cents otages. Il laisse Ca\u00efus Tr\u00e9bonius, son l\u00e9gat, pour terminer le r\u00e8glement de cette affaire, et part &#8211; car il d\u00e9sirait achever sa route au plus vite &#8211; se dirigeant vers C\u00e9nabum, ville des Carnutes. Ceux-ci, qui venaient \u00e0 peine d\u2019apprendre que Vellaunodunum \u00e9tait assi\u00e9g\u00e9, pensant que l\u2019affaire tra\u00eenerait quelque temps, s\u2019occupaient de rassembler des troupes pour la d\u00e9fense de C\u00e9nabum, et se disposaient \u00e0 les y envoyer. Mais en deux jours C\u00e9sar y fut. Il campe devant la ville, et, l\u2019heure avanc\u00e9e lui interdisant de commencer l\u2019attaque, il la remet au lendemain ; il ordonne \u00e0 ses troupes de faire les pr\u00e9paratifs ordinaires en pareil cas, et, comme il y avait sous les murs de la place un pont qui franchissait la Loire, craignant que les habitants ne prissent la fuite \u00e0 la faveur de la nuit, il fait veiller deux l\u00e9gions sous les armes. Les gens de C\u00e9nabum, peu avant minuit, sortirent en silence de la ville et commenc\u00e8rent de passer le fleuve. C\u00e9sar, averti par ses \u00e9claireurs, introduit, apr\u00e8s avoir fait incendier les portes, les deux l\u00e9gions qu\u2019il tenait pr\u00eates, et se rend ma\u00eetre de la place : il s\u2019en fallut d\u2019un bien petit nombre que tous les ennemis ne fussent faits prisonniers, car l\u2019\u00e9troitesse du pont et des chemins qui y conduisaient avait bloqu\u00e9 cette multitude en fuite. C\u00e9sar pille et br\u00fble la ville, fait don du butin aux soldats, passe la Loire et arrive dans le pays des Bituriges.<\/p>\n\n\n\n<p>12. D\u00e8s que Vercing\u00e9torix est inform\u00e9 de l\u2019approche de C\u00e9sar, il l\u00e8ve le si\u00e8ge de Gorgobina et se porte \u00e0 sa rencontre. Celui-ci avait entrepris d\u2019assi\u00e9ger une ville des Bituriges, Noviodunum, qui se trouvait sur sa route. La place lui ayant envoy\u00e9 des d\u00e9put\u00e9s pour le supplier de pardonner et d\u2019\u00e9pargner la vie des habitants, C\u00e9sar, soucieux d\u2019achever sa t\u00e2che en allant vite, m\u00e9thode qui lui avait valu la plupart de ses pr\u00e9c\u00e9dents succ\u00e8s, ordonne qu\u2019on livre les armes, qu\u2019on am\u00e8ne les chevaux, qu\u2019on fournisse des otages. D\u00e9j\u00e0 une partie des otages avait \u00e9t\u00e9 livr\u00e9e et on proc\u00e9dait \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des autres clauses &#8211; des centurions et quelques soldats avaient \u00e9t\u00e9 introduits dans la place pour rassembler les armes et les chevaux &#8211; quand on aper\u00e7ut au loin la cavalerie ennemie, qui pr\u00e9c\u00e9dait l\u2019arm\u00e9e de Vercing\u00e9torix. A peine les assi\u00e9g\u00e9s l\u2019eurent-ils vue et eurent-ils con\u00e7u l\u2019espoir d\u2019\u00eatre secourus qu\u2019une clameur s\u2019\u00e9leva et qu\u2019on se mit \u00e0 courir aux armes, \u00e0 fermer les portes, \u00e0 garnir les murailles. Les centurions qui \u00e9taient dans la ville, comprenant \u00e0 l\u2019attitude des Gaulois qu\u2019il y avait quelque chose de chang\u00e9 dans leurs dispositions, mirent l\u2019\u00e9p\u00e9e \u00e0 la main, s\u2019empar\u00e8rent des portes et ramen\u00e8rent leurs soldats au complet et sans blessures.<\/p>\n\n\n\n<p>13. C\u00e9sar fait sortir du camp sa cavalerie et engage la bataille ; puis, les siens \u00e9tant en difficult\u00e9, il envoie \u00e0 leur secours environ quatre cents <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/mythes-et-legendes-germaniques-60\/\">germans<\/a> qu\u2019il avait coutume, depuis le d\u00e9but de la guerre, d\u2019avoir avec lui. Les Gaulois ne purent supporter leur charge : ils furent mis en d\u00e9route et se repli\u00e8rent sur le gros, non sans avoir subi de lourdes pertes. Ce revers ramena les assi\u00e9g\u00e9s \u00e0 leurs premiers sentiments : pris de peur, ils arr\u00eat\u00e8rent ceux qu\u2019ils consid\u00e9raient comme responsables du mouvement populaire, les amen\u00e8rent \u00e0 C\u00e9sar et firent leur soumission. Ayant termin\u00e9 cette affaire, C\u00e9sar partit pour Avaricum, qui \u00e9tait la ville la plus grande et la plus forte du pays des Bituriges, et situ\u00e9e dans une r\u00e9gion tr\u00e8s fertile : il pensait que la prise de cette place lui soumettrait toute la nation des Bituriges.<\/p>\n\n\n\n<p>14. Vercing\u00e9torix, apr\u00e8s cette suite ininterrompue de revers essuy\u00e9s \u00e0 Vellaunodunum, \u00e0 C\u00e9nabum, \u00e0 Noviodunum, convoque un conseil de guerre. Il d\u00e9montre qu\u2019il faut conduire les op\u00e9rations tout autrement qu\u2019on ne l\u2019a fait jusqu\u2019ici : \u00ab Par tous les moyens on devra viser \u00e0 ce but interdire aux Romains le fourrage et les approvisionnements. C\u2019est chose facile, car la cavalerie des Gaulois est tr\u00e8s nombreuse, et la saison est leur auxiliaire. Il n\u2019y a pas d\u2019herbe \u00e0 couper : les ennemis devront donc se disperser pour chercher du foin dans les granges ; chaque jour, les cavaliers peuvent an\u00e9antir tous ces fourrageurs. Il y a plus quand on joue son existence, les biens de fortune deviennent chose n\u00e9gligeable ; il faut incendier les villages et les fermes dans toute la zone que les Romains, autour de la route qu\u2019ils suivent, paraissent pouvoir parcourir pour fourrager. Pour eux, ils ont tout en abondance, car les peuples sur le territoire desquels se fait la guerre les ravitaillent ; les Romains, au contraire, ou bien devront c\u00e9der \u00e0 la disette, ou bien s\u2019exposeront \u00e0 de graves dangers en s\u2019avan\u00e7ant \u00e0 une certaine distance de leur camp ; que d\u2019ailleurs on les tue ou qu\u2019on leur enl\u00e8ve leurs bagages, cela reviendra au m\u00eame, car sans ses bagages une arm\u00e9e ne peut faire campagne. Ce n\u2019est pas tout : il faut encore incendier les villes que leurs murailles et leur position ne mettent pas \u00e0 l\u2019abri de tout danger, afin qu\u2019elles ne servent pas d\u2019asile aux d\u00e9serteurs et qu\u2019elles n\u2019offrent pas aux Romains l\u2019occasion de se procurer des quantit\u00e9s de vivres et de faire du butin. Trouvent-ils ces mesures dures, cruelles ? Ils doivent trouver bien plus dur encore que leurs enfants et leurs femmes soient emmen\u00e9s en esclavage ; et qu\u2019eux-m\u00eames soient \u00e9gorg\u00e9s car c\u2019est l\u00e0 le sort qui attend fatalement les vaincus. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>15. D\u2019un accord unanime, on approuve cet avis : en un seul jour, plus de vingt villes des Bituriges sont incendi\u00e9es. On fait de m\u00eame chez les autres peuples d\u2019alentour ; de tous c\u00f4t\u00e9s, on aper\u00e7oit des incendies. C\u2019\u00e9tait pour tous une grande douleur ; mais ils se consolaient par cette pens\u00e9e que, la victoire \u00e9tant presque une chose assur\u00e9e, ils recouvreraient avant longtemps ce qu\u2019ils avaient perdu. On d\u00e9lib\u00e8re en conseil de guerre sur Avaricum : veut-on br\u00fbler la ville ou la d\u00e9fendre ? Les Bituriges se jettent aux pieds des chefs des diverses nations, suppliant qu\u2019on ne les force point de mettre le feu de leurs mains \u00e0 une ville qui est, ou peu s\u2019en faut, la plus belle de toute la Gaule, qui est la force et l\u2019ornement de leur pays ; il leur sera facile, vu sa position, de la d\u00e9fendre, car presque de tous c\u00f4t\u00e9s elle est entour\u00e9e par l\u2019eau courante et le marais, et n\u2019offre qu\u2019un acc\u00e8s, qui est d\u2019une extr\u00eame \u00e9troitesse. On c\u00e8de \u00e0 leurs pri\u00e8res Vercing\u00e9torix s\u2019y \u00e9tait d\u2019abord oppos\u00e9, puis s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 fl\u00e9chir, \u00e9mu par les supplications des chefs bituriges, et par la commis\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale. On choisit pour la d\u00e9fense de la place les hommes qu\u2019il faut.<\/p>\n\n\n\n<p>16. Vercing\u00e9torix suit C\u00e9sar \u00e0 petites \u00e9tapes et choisit pour son camp une position couverte par des mar\u00e9cages et des bois, \u00e0 seize mille pas d\u2019Avaricuml. L\u00e0, un service r\u00e9gulier de liaison lui permettait de conna\u00eetre heure par heure les p\u00e9rip\u00e9ties du si\u00e8ge et de transmettre ses ordres. Il guettait nos d\u00e9tachements qui allaient chercher du fourrage et du bl\u00e9, et si, pouss\u00e9s par la n\u00e9cessit\u00e9, ils s\u2019avan\u00e7aient un peu trop loin, il les attaquait et leur causait des pertes s\u00e9rieuses, bien qu\u2019il prissent toutes les pr\u00e9cautions possibles, ne sortant pas \u00e0 intervalles r\u00e9guliers ni par les m\u00eames chemins.<\/p>\n\n\n\n<p>17. C\u00e9sar campa devant la ville du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 les cours d\u2019eau et les marais laissaient, comme nous l\u2019avons dit, un \u00e9troit passage, et il entreprit de construire une terrasse, de faire avancer des mantelets, d\u2019\u00e9lever deux tours ; car la nature du terrain interdisait la circonvallation. Pour le bl\u00e9, il harc\u00e8le de demandes les Bo\u00efens et les H\u00e9duens ; ceuxci, manquant de z\u00e8le, n\u2019apportaient qu\u2019une aide m\u00e9diocre ; ceux-l\u00e0 manquaient de moyens, car ils ne formaient qu\u2019un petit \u00c9tat de faibles ressources et ils eurent t\u00f4t fait d\u2019\u00e9puiser ce qu\u2019ils poss\u00e9daient. L\u2019arm\u00e9e souffrait d\u2019une grande disette, \u00e0 cause de la pauvret\u00e9 des Bo\u00efens, de la mauvaise volont\u00e9 des H\u00e9duens, et parce qu\u2019on avait mis le feu aux granges : ce fut au point que pendant de longs jours les soldats manqu\u00e8rent de pain, et n\u2019\u00e9chapp\u00e8rent aux horreurs de la famine que gr\u00e2ce \u00e0 quelque b\u00e9tail qu\u2019on amena de lointains villages ; pourtant, dans cette situation, on ne leur entendit pas prof\u00e9rer une parole qui f\u00fbt indigne de la majest\u00e9 du peuple Romain et de leurs pr\u00e9c\u00e9dentes victoires. Bien plus, comme C\u00e9sar, visitant les travaux, adressait la parole \u00e0 chaque l\u00e9gion et disait que si les privations leur \u00e9taient trop p\u00e9nibles, il renoncerait au si\u00e8ge, ce fut un cri unanime pour le prier de n\u2019en rien faire : \u00ab Ils avaient pendant de longues ann\u00e9es servi sous ses ordres sans subir aucun affront, sans jamais s\u2019en aller en laissant inachev\u00e9 ce qu\u2019ils avaient entrepris : ils consid\u00e9reraient comme un d\u00e9shonneur d\u2019abandonner le si\u00e8ge commenc\u00e9 ; ils aimaient mieux tout souffrir plut\u00f4t que de ne pas venger les citoyens romains qui, \u00e0 C\u00e9nabum, avaient \u00e9t\u00e9 victimes de la perfidie des Gaulois. Ils exprimaient aux centurions et aux tribuns les m\u00eames sentiments, afin que C\u00e9sar en f\u00fbt inform\u00e9 par eux.<\/p>\n\n\n\n<p>18. D\u00e9j\u00e0 les tours \u00e9taient proches du rempart, quand C\u00e9sar apprit par des prisonniers que Vercing\u00e9torix, n\u2019ayant plus de fourrage, avait rapproch\u00e9 son camp d\u2019Avaricum, qu\u2019il avait pris en personne, le commandement de la cavalerie et de l\u2019infanterie l\u00e9g\u00e8re exerc\u00e9e \u00e0 combattre parmi les cavaliers, et \u00e9tait parti pour dresser une embuscade \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 il pensait que les n\u00f4tres viendraient fourrager le lendemain. A cette nouvelle, C\u00e9sar partit au milieu de la nuit en silence et parvint le matin au camp des ennemis. Mais leurs \u00e9claireurs les avaient rapidement avertis de son approche : ils cach\u00e8rent leurs chariots et leurs bagages dans l\u2019\u00e9paisseur des for\u00eats, et rang\u00e8rent toutes leurs troupes sur un lieu \u00e9lev\u00e9 et d\u00e9couverte. Quand C\u00e9sar l\u2019apprit, il fit promptement rassembler les bagages et prendre la tenue de combat.<\/p>\n\n\n\n<p>19. La position de l\u2019ennemi \u00e9tait une colline qui s\u2019\u00e9levait en pente douce. Elle \u00e9tait entour\u00e9e presque de toutes parts d\u2019un marais difficile \u00e0 traverser et plein d\u2019obstacles, dont la largeur n\u2019exc\u00e9dait pas cinquante pieds. Les Gaulois avaient coup\u00e9 les passages et, confiants dans la force de leur position, ne bougeaient pas de leur colline ; rang\u00e9s par cit\u00e9s, ils occupaient solidement tous les gu\u00e9s et tous les fourr\u00e9s de ce marais, pr\u00eats, au cas o\u00f9 les Romains essaieraient de le franchir, \u00e0 profiter de leur embarras pour fondre sur eux du haut de leur colline : qui ne voyait que la proximit\u00e9 des deux arm\u00e9es croyait les Gaulois dispos\u00e9s \u00e0 engager le combat \u00e0 armes \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gales ; mais pour qui se rendait compte de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des positions, leur contenance apparaissait comme une vaine parade. Les soldats s\u2019indignaient que l\u2019ennemi p\u00fbt, \u00e0 une si courte distance, soutenir leur vue, et ils r\u00e9clamaient le signal du combat ; mais C\u00e9sar leur explique ce que co\u00fbtera, n\u00e9cessairement, la victoire, combien de braves il y faudra sacrifier ; devant tant de r\u00e9solution, quand ils acceptent tous les dangers pour sa gloire, il m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre tax\u00e9 de monstrueux \u00e9go\u00efsme, si leur vie ne lui \u00e9tait plus pr\u00e9cieuse que la sienne propre. Ayant calm\u00e9 les soldats par ces paroles, il les ram\u00e8ne au camp le jour m\u00eame, et prend les derni\u00e8res mesures pour l\u2019assaut de la placer.<\/p>\n\n\n\n<p>20. Vercing\u00e9torix, de retour aupr\u00e8s des siens, se vit accuser de trahison : \u00ab Il avait port\u00e9 son camp plus pr\u00e8s des Romains, il \u00e9tait parti avec toute la cavalerie, il avait laiss\u00e9 des forces si importantes sans leur donner de commandant en chef, enfin les Romains, apr\u00e8s son d\u00e9part, \u00e9taient arriv\u00e9s bien a propos et bien vite ; tout cela n\u2019avait pu se produire par l\u2019effet du hasard et sans \u00eatre voulu ; il aimait mieux r\u00e9gner sur la Gaule par concession de C\u00e9sar que de leur en \u00eatre redevable. \u00bb A de telles accusations, il r\u00e9pondit en ces termes : \u00ab Il avait d\u00e9plac\u00e9 le camp : c\u2019\u00e9tait parce que le fourrage manquait, et eux-m\u00eames y avaient pouss\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait rapproch\u00e9 des Romains : il y avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 par les avantages de la position, qui se d\u00e9fendait d\u2019elle-m\u00eame, sans qu\u2019on e\u00fbt \u00e0 la fortifier. La cavalerie, il n\u2019y avait pas eu lieu, sur un terrain mar\u00e9cageux, d\u2019en regretter les services, et elle avait \u00e9t\u00e9 utile l\u00e0 o\u00f9 il l\u2019avait men\u00e9e. Le commandement en chef, c\u2019\u00e9tait \u00e0 dessein qu\u2019il ne l\u2019avait confi\u00e9 \u00e0 personne, par crainte que le chef d\u00e9sign\u00e9, c\u00e9dant aux d\u00e9sirs de la multitude, ne livr\u00e2t bataille, ce qui, il le voyait bien, \u00e9tait le voeu de tous, \u00e0 cause de leur manque d\u2019\u00e9nergie, parce qu\u2019ils \u00e9taient incapables d\u2019endurer la fatigue un peu longtemps. Si l\u2019intervention des Romains est due au hasard, il faut en remercier la Fortune ; si elle est due \u00e0 quelque indicateur, c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019il faut rendre gr\u00e2ce car ils ont pu, de leur position dominante, juger du petit nombre et de la pitoyable valeur de ces soldats qui n\u2019ont pas os\u00e9 combattre et, honteusement, ont regagn\u00e9 leur camp. Il n\u2019a pas besoin de recevoir de C\u00e9sar, en trahissant, une autorit\u00e9 que peut Iui donner la victoire, d\u00e9sormais assur\u00e9e pour lui et pour tous les Gaulois ; et d\u2019ailleurs, ce pouvoir, il le remet entre leurs mains, s\u2019ils croient lui faire plus d\u2019honneur qu\u2019il ne leur apporte de chances de salut. Pour vous rendre compte, ajoute-t-il, que je dis vrai, \u00e9coutez ce que vont vous dire des soldats romains. \u00bb Il fait compara\u00eetre des esclaves qu\u2019il avait pris peu de jours avant tandis qu\u2019ils faisaient du fourrage et qu\u2019il avait soumis \u00e0 la torture de la faim et des cha\u00eenes. On leur avait, au pr\u00e9alable, fait la le\u00e7on, ils savaient ce qu\u2019ils devaient dire quand ils seraient interrog\u00e9s : ils d\u00e9clarent qu\u2019ils sont des soldats l\u00e9gionnaires, que la faim, la d\u00e9tresse les ont pouss\u00e9s \u00e0 quitter le camp en secret, pour t\u00e2cher de trouver dans les champs un peu de bl\u00e9 ou de b\u00e9tail : \u00ab Toute l\u2019arm\u00e9e est dans la m\u00eame d\u00e9tresse, chacun est \u00e0 bout de forces, on ne peut plus supporter la fatigue des travaux ; aussi le g\u00e9n\u00e9ral a-t-il d\u00e9cid\u00e9 de lever le si\u00e8ge dans trois jours, si l\u2019on n\u2019a pas obtenu de r\u00e9sultat \u00bb. &#8211; \u00ab Voil\u00e0, dit alors Vercing\u00e9torix, ce que vous devez \u00e0 l\u2019homme que vous accusez de trahison : gr\u00e2ce \u00e0 moi, sans qu\u2019il vous en ait co\u00fbt\u00e9 une goutte de sang, vous voyez une grande arm\u00e9e victorieuse an\u00e9antie par la famine ; et le jour o\u00f9, honteusement, elle fuira et cherchera un asile, j\u2019ai pris mes dispositions pour qu\u2019aucun peuple ne l\u2019accueille sur son territoire. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>21. La foule enti\u00e8re pousse des clameurs et agite bruyamment ses armes, ce qui est leur fa\u00e7on de faire quand ils approuvent un orateur : \u00ab Vercing\u00e9torix est un grand chef, sa loyaut\u00e9 est au-dessus de tout soup\u00e7on, il est impossible de conduire la guerre avec plus d\u2019habilet\u00e9. \u00bb On d\u00e9cide d\u2019envoyer dans la place dix mille hommes choisis dans toute l\u2019arm\u00e9e, estimant qu\u2019il ne faut pas laisser aux seuls Bituriges le soin du salut commun on se rendait compte, en effet, que, s\u2019ils conservaient la ville, ce serait \u00e0 eux qu\u2019appartiendrait la victoire d\u00e9cisive.<\/p>\n\n\n\n<p>22. A l\u2019exceptionnelle valeur de nos soldats les Gaulois opposaient toutes sortes de moyens : c\u2019est une race d\u2019une extr\u00eame ing\u00e9niosit\u00e9 et ils ont de singuli\u00e8res aptitudes \u00e0 imiter et \u00e0 ex\u00e9cuter ce qu\u2019ils voient faire par d\u2019autres. A l\u2019aide de lacets, ils d\u00e9tournaient les coups de nos faux, et quand ils les avaient bien serr\u00e9es dans leurs noeuds, ils les tiraient avec des machines \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des remparts ; ils faisaient \u00e9crouler notre terrassement en creusant des sapes, d\u2019autant plus savants dans cet art qu\u2019il y a chez eux de grandes mines de fer et qu\u2019ils connaissent et emploient tous les genres de galeries souterraines. Ils avaient garni toute l\u2019\u00e9tendue de leurs murailles de tours reli\u00e9es par un plancher et prot\u00e9g\u00e9es par des peaux. De plus, faisant souvent, de jour et de nuit, des sorties, ou bien ils mettaient le feu \u00e0 notre terrasse, ou bien ils attaquaient nos soldats en train de travailler ; \u00e0 mesure que l\u2019avance quotidienne de nos travaux augmentait la hauteur de nos tours, ils haussaient les leurs \u00e0 proportion en reliant entre eux les poteaux verticaux qui en constituaient l\u2019ossature ; ils entravaient l\u2019ach\u00e8vement de nos galeries en lan\u00e7ant dans les parties encore d\u00e9couvertes des pi\u00e8ces de bois taill\u00e9es en pointe et durcies au feu, de la poix bouillante, des pierres \u00e9normes, et nous interdisaient ainsi de les prolonger jusqu\u2019au pied des murs.<\/p>\n\n\n\n<p>23. Tous les murs gaulois sont faits, en g\u00e9n\u00e9ral, de la mani\u00e8re suivante. On pose sur le sol, sans interruption sur toute la longueur du mur, des poutres perpendiculaires \u00e0 sa direction et s\u00e9par\u00e9es par des intervalles \u00e9gaux de deux pieds. On les relie les unes aux autres dans la fondation, et on les recouvre d\u2019une grande quantit\u00e9 de terre ; le parement est form\u00e9 de grosses pierres encastr\u00e9es dans les intervalles dont nous venons de parler. Ce premier rang solidement \u00e9tabli, on \u00e9l\u00e8ve par dessus un deuxi\u00e8me rang semblable, en conservant le m\u00eame intervalle de deux pieds entre les poutres, sans que cependant pour cela elles touchent celles du rang inf\u00e9rieur ; mais elles en sont s\u00e9par\u00e9es par un espace de deux pieds aussi, et chaque poutre est ainsi isol\u00e9e de ses voisines par une pierre, ce qui la fixe solidement. On continue toujours de m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 ce que le mur ait atteint la hauteur voulue. Ce genre d\u2019ouvrage offre un aspect vari\u00e9 qui n\u2019est pas d\u00e9sagr\u00e9able \u00e0 l\u2019oeil, avec son alternance de poutres et de pierres, celles-ci n\u2019en formant pas moins des lignes continues qui se coupent \u00e0 angle droit ; il est, de plus, tr\u00e8s pratique et parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 la d\u00e9fense des villes, car la pierre le d\u00e9fend du feu et le bois des ravages du b\u00e9lier, celui-ci ne pouvant ni briser, ni disjoindre une charpente o\u00f9 les pi\u00e8ces qui forment liaison \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ont en g\u00e9n\u00e9ral quarante pieds d\u2019un seul tenant.<\/p>\n\n\n\n<p>24. Tout cela mettait obstacle au si\u00e8ge ; les soldats \u00e9taient, en outre, retard\u00e9s dans leurs travaux par un froid opini\u00e2tre et des pluies continuelles ; ils surent n\u00e9anmoins, en travaillant sans rel\u00e2che, venir \u00e0 bout de toutes ces difficult\u00e9s, et en vingt-cinq jours ils construisirent une terrasse qui avait trois cents trente pieds de large et quatre-vingts pieds de haut. Elle touchait presque le rempart ennemi, et C\u00e9sar, qui selon son habitude passait la nuit sur le chantier, exhortait ses soldats \u00e0 ne pas perdre un instant, quand peu avant la troisi\u00e8me veille on remarqua qu\u2019une fum\u00e9e s\u2019\u00e9levait de la terrasse ; l\u2019ennemi y avait mis le feu par une mine. Au m\u00eame moment, tout le long du rempart une clameur s\u2019\u00e9levait, et les ennemis faisaient une sortie par deux portes, de chaque c\u00f4t\u00e9 des tours. D\u2019autres jetaient du haut du mur sur la terrasse des torches et du bois sec, ils versaient de la poix et tout ce qui \u00e9tait de nature \u00e0 activer l\u2019incendie il \u00e9tait difficile, dans ces conditions, de r\u00e9gler la d\u00e9fense, de d\u00e9cider o\u00f9 il fallait d\u2019abord se porter et \u00e0 quel danger il fallait parer. Pourtant, comme, par ordre de C\u00e9sar, deux l\u00e9gions veillaient toujours devant le camp, et que des forces plus consid\u00e9rables travaillaient au chantier en se relayant, la d\u00e9fense s\u2019organisa vite les uns tenaient t\u00eate aux ennemis qui d\u00e9bouchaient des portes, les autres ramenaient les tours en arri\u00e8re et faisaient une tranch\u00e9e dans le terrassement, tandis que tout ce qui \u00e9tait au camp accourait pour \u00e9teindre le feu.<\/p>\n\n\n\n<p>25. Le reste de la nuit s\u2019\u00e9tait \u00e9coul\u00e9 et on combattait encore sur tous les points ; l\u2019espoir de vaincre se ranimait sans cesse chez l\u2019ennemi, d\u2019autant plus qu\u2019il voyait les mantelets des tours consum\u00e9s par le feu, qu\u2019il se rendait compte de la difficult\u00e9 qu\u2019\u00e9prouvaient les n\u00f4tres pour venir, \u00e0 d\u00e9couvert, au secours de leurs camarades, et que sans cesse, de leur c\u00f4t\u00e9, des troupes fra\u00eeches rempla\u00e7aient les troupes fatigu\u00e9es ; tout le sort de la Gaule leur paraissait d\u00e9pendre de cet instant. Il se produisit alors \u00e0 nos regards quelque chose qui nous parut digne de m\u00e9moire, et que nous n\u2019avons pas cru devoir passer sous silence. Il y avait devant une porte un Gaulois qui jetait vers la tour en feu des boules de suif et de poix qu\u2019on lui passait de main en main ; un trait parti d\u2019un scorpion, lui per\u00e7a le c\u00f4t\u00e9 droit et il tomba sans connaissance. Un de ses voisins, enjambant son corps, le rempla\u00e7a dans sa besogne ; il tomba de m\u00eame, frapp\u00e9 \u00e0 son tour par le scorpion ; un troisi\u00e8me lui succ\u00e9da, et au troisi\u00e8me un quatri\u00e8me ; et le poste ne cessa d\u2019\u00eatre occup\u00e9 par des combattants jusqu\u2019au moment o\u00f9, l\u2019incendie ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9teint et les ennemis repouss\u00e9s sur tout le front de bataille, le combat prit fin.<\/p>\n\n\n\n<p>26. Ayant tout essay\u00e9, et toujours sans succ\u00e8s, les Gaulois, le lendemain, d\u00e9cid\u00e8rent d\u2019abandonner la ville : Vercing\u00e9torix les y exhortait, le leur ordonnait. En t\u00e2chant d\u2019effectuer cette op\u00e9ration dans le silence de la nuit, ils esp\u00e9raient y r\u00e9ussir sans trop de pertes, parce que le camp de Vercing\u00e9torix n\u2019\u00e9tait pas loin de la place, et que le mar\u00e9cage qui formait entre celle-ci et les Romains une ligne continue retarderait la poursuite. Ils faisaient d\u00e9j\u00e0 leurs pr\u00e9paratifs, la nuit venue, quand soudain les m\u00e8res de famille accoururent sur les places et se jetant, en larmes, \u00e0 leurs pieds, les suppli\u00e8rent de mille fa\u00e7ons de ne pas les livrer \u00e0 la cruaut\u00e9 de l\u2019ennemi, elles et leur commune prog\u00e9niture, \u00e0 qui la faiblesse du sexe ou de l\u2019\u00e2ge ne permettait pas la fuite. Quand elles les virent inflexibles &#8211; en g\u00e9n\u00e9ral, dans les cas de p\u00e9ril extr\u00eame, l\u2019\u00e2me en proie \u00e0 la peur reste inaccessible \u00e0 la piti\u00e9 &#8211; elles se mirent \u00e0 crier toutes ensemble et \u00e0 signaler aux Romains le projet de fuite. Alors les Gaulois, craignant que la cavalerie romaine ne leur coup\u00e2t la route, renonc\u00e8rent \u00e0 leur dessein.<\/p>\n\n\n\n<p>27. Le lendemain C\u00e9sar fit avancer une tour et redresser les terrassements qu\u2019il avait entrepris ; l\u00e0-dessus il se mit \u00e0 pleuvoir abondamment, et ce temps lui parut favorable pour d\u00e9cider l\u2019attaque, car il apercevait quelque rel\u00e2chement dans la garde du rempart ; il dit \u00e0 ses soldats de ralentir leur travail, et leur fit conna\u00eetre ce qu\u2019il attendait d\u2019eux. Il r\u00e9unit secr\u00e8tement les l\u00e9gions, en tenue de combat, en de\u00e7\u00e0 des baraques, et les exhorta \u00e0 cueillir enfin apr\u00e8s tant de fatigues le fruit de la victoire ; il promit des r\u00e9compenses pour ceux qui auraient les premiers escalad\u00e9 le rempart, et donna le signal de l\u2019assaut. Ils bondirent soudain de toutes parts et eurent vite fait de garnir la muraille.<\/p>\n\n\n\n<p>28. Les ennemis, effray\u00e9s par ce coup inattendu, furent chass\u00e9s du mur et des tours ; ils se reform\u00e8rent sur le forum et sur les places, r\u00e9solus \u00e0 faire front du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 viendrait l\u2019attaque et \u00e0 livrer une bataille rang\u00e9e. Mais quand ils virent qu\u2019au lieu de descendre lutter de plain-pied nos soldats les enveloppaient en occupant toute la muraille, ils craignirent de se voir \u00f4ter toute chance de retraite et, jetant leurs armes, ils gagn\u00e8rent d\u2019un seul \u00e9lan l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la ville ; l\u00e0, comme ils se pressaient devant l\u2019\u00e9troite issue des portes, nos fantassins les massacr\u00e8rent, tandis que ceux qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 sortis tombaient sous les coups de nos cavaliers. Personne ne pensa au butin ; excit\u00e9s par le souvenir du carnage de C\u00e9nabum et par les fatigues du si\u00e8ge, ils n\u2019\u00e9pargn\u00e8rent ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants. Bref, d\u2019un ensemble d\u2019environ quarante mille hommes, \u00e0 peine huit cents, qui s\u2019enfuirent hors de la ville aux premiers cris, arriv\u00e8rent sains et saufs aupr\u00e8s de Vercing\u00e9torix. Celui-ci, craignant que leur arriv\u00e9e tumultueuse et l\u2019\u00e9motion que leur vue provoquerait dans une foule impressionnable ne fussent cause d\u2019une \u00e9meute, les re\u00e7ut en pleine nuit et silencieusement, ayant pris soin de disposer sur la route, \u00e0 bonne distance du camp, ses compagnons d\u2019armes et les chefs des cit\u00e9s, qui avaient mission de les trier et de conduire chaque groupe vers les divers quartiers assign\u00e9s au d\u00e9but de la campagne \u00e0 chaque peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>29. Le lendemain ayant convoqu\u00e9 le conseil, il apporta aux siens consolations et encouragements, les invitant \u00e0 ne pas se laisser abattre ni bouleverser pour un revers : \u00ab Ce n\u2019est point par leur valeur et en bataille rang\u00e9e que les Romains ont triomph\u00e9, mais gr\u00e2ce \u00e0 une technique, \u00e0 un art des si\u00e8ges qui ont surpris l\u2019ignorance des Gaulois. On se trompe, si l\u2019on s\u2019attend, dans la guerre, \u00e0 n\u2019avoir que des succ\u00e8s. Pour lui, il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u2019avis de d\u00e9fendre Avaricum, eux-m\u00eames en sont t\u00e9moins ; le malheur est d\u00fb au manque de sagesse des Bituriges et \u00e0 l\u2019excessive complaisance des autres. N\u2019importe, il aura vite fait de le r\u00e9parer par de plus importants succ\u00e8s. Les peuples gaulois qui se tiennent encore \u00e0 l\u2019\u00e9cart entreront, par ses soins, dans l\u2019alliance, et il fera de toute la Gaule un faisceau de volont\u00e9s communes auquel le monde entier m\u00eame sera incapable de r\u00e9sister ; ce r\u00e9sultat, il l\u2019a d\u00e9j\u00e0 presque atteint. En attendant, il est juste qu\u2019ils veuillent bien, pour le salut de tous, se mettre \u00e0 fortifier le camp, afin d\u2019\u00eatre mieux \u00e0 m\u00eame de r\u00e9sister aux attaques soudaines de l\u2019ennemi. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>30. Ce discours ne d\u00e9plut pas aux Gaulois : on lui savait gr\u00e9 surtout de n\u2019avoir pas perdu courage apr\u00e8s un coup si rude, de ne s\u2019\u00eatre point cach\u00e9 ni d\u00e9rob\u00e9 aux regards : on lui reconnaissait des dons sup\u00e9rieurs de discernement et de pr\u00e9vision, parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 d\u2019avis, alors que la situation \u00e9tait enti\u00e8re, d\u2019abord d\u2019incendier Avaricum, puis de l\u2019abandonner. Aussi, tandis que les autres chefs voient les revers diminuer leur autorit\u00e9, lui, au contraire, apr\u00e8s un \u00e9chec, grandissait de jour en jours. En m\u00eame temps, ses assurances faisaient na\u00eetre l\u2019espoir que les autres cit\u00e9s entreraient dans l\u2019alliance ; les Gaulois se mirent alors, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 fortifier leur camp le choc avait \u00e9t\u00e9 si rude que ces hommes qui n\u2019\u00e9taient pas habitu\u00e9s au travail pensaient devoir se soumettre \u00e0 tout ce qu\u2019on leur commandait.<\/p>\n\n\n\n<p>31. Cependant Vercing\u00e9torix, comme il l\u2019avait promis, faisait tous ses efforts pour adjoindre \u00e0 la coalition les autres cit\u00e9s, et cherchait \u00e0 en gagner les chefs par des pr\u00e9sents et des promesses. Il choisissait pour atteindre ce but les auxiliaires les plus qualifi\u00e9s, ceux \u00e0 qui l\u2019habitude de leur \u00e9loquence ou leurs relations d\u2019amiti\u00e9 donnaient le plus de moyens de s\u00e9duction. Il s\u2019occupe, d\u2019autre part, d\u2019\u00e9quiper et d\u2019habiller les soldats qui avaient pu s\u2019\u00e9chapper lors de la prise d\u2019Avaricum ; pour r\u00e9parer les pertes de ses effectifs, il demande aux diff\u00e9rents peuples de lui fournir un certain nombre de soldats, fixant le chiffre et la date avant laquelle il veut les voir amener dans son camp ; en outre, il ordonne qu\u2019on recrute et qu\u2019on lui envoie tous les archers, qui \u00e9taient tr\u00e8s nombreux en Gaule. De semblables mesures lui permettent de combler rapidement les pertes d\u2019Avaricum. C\u2019est sur ces entrefaites que Teutomatos, fils d\u2019Ollovico et roi des Nitiobroges, dont le p\u00e8re avait re\u00e7u du S\u00e9nat le titre d\u2019ami, vint le rejoindre avec une forte troupe de cavaliers de sa nation et des mercenaires qu\u2019il avait recrut\u00e9s en Aquitaine.<\/p>\n\n\n\n<p>32. C\u00e9sar demeura plusieurs jours \u00e0 Avaricum, et y trouva une grande abondance de bl\u00e9 et d\u2019autres vivres ; il permit ainsi \u00e0 son arm\u00e9e de se remettre de ses fatigues et de ses privations. On \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 presque \u00e0 la fin de l\u2019hiver ; la saison invitait \u00e0 se mettre en campagne, et d\u2019ailleurs C\u00e9sar avait r\u00e9solu de marcher \u00e0 l\u2019ennemi, pour le faire sortir de ses mar\u00e9cages et de ses for\u00eats, ou bien l\u2019y assi\u00e9ger, quand une d\u00e9putation de nobles h\u00e9duens vient le trouver pour implorer son aide dans des circonstances particuli\u00e8rement critiques : \u00ab La situation est des plus graves : alors que l\u2019antique usage veut qu\u2019on ne nomme qu\u2019un magistrat supr\u00eame, qui d\u00e9tient pendant un an le pouvoir royal, deux hommes exercent cette magistrature et chacun d\u2019eux se pr\u00e9tend l\u00e9galement nomm\u00e9. L\u2019un est Convictolitavis, jeune homme riche et de naissance illustre ; l\u2019autre est Cotos, issu d\u2019une tr\u00e8s vieille famille, jouissant d\u2019ailleurs d\u2019une grande influence personnelle et ayant de nombreux parents ; son fr\u00e8re Val\u00e9tiacos a rempli l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente la m\u00eame charge. Tout le pays est en armes ; le s\u00e9nat est divis\u00e9, le peuple est divis\u00e9, les clients des deux rivaux forment deux partis ennemis. Si le conflit dure, on verra les deux moiti\u00e9s de la nation en venir aux mains. Il d\u00e9pend de C\u00e9sar d\u2019emp\u00eacher ce malheur par une enqu\u00eate attentive et par le poids de son intervention. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>33. C\u00e9sar pensait qu\u2019il y avait des inconv\u00e9nients \u00e0 interrompre les op\u00e9rations et \u00e0 abandonner l\u2019ennemi ; mais il savait aussi quels maux engendrent les discordes et il ne voulait pas qu\u2019une si grande nation, et si \u00e9troitement unie \u00e0 Rome, que personnellement il avait toujours favoris\u00e9e et combl\u00e9e d\u2019honneurs, en v\u00eent \u00e0 la guerre civile, et qu\u2019alors le parti qui se croirait le moins fort demand\u00e2t du secours \u00e0 Vercing\u00e9torix : il jugea donc qu\u2019il fallait d\u2019abord parer \u00e0 cela, et comme les lois des H\u00e9duens interdisaient \u00e0 ceux qui g\u00e9raient la magistrature supr\u00eame de franchir les fronti\u00e8res, voulant \u00e9viter de para\u00eetre porter atteinte \u00e0 la constitution du pays, il d\u00e9cida de s\u2019y rendre lui-m\u00eame, et il convoqua tout le s\u00e9nat et les deux comp\u00e9titeurs \u00e0 Decize. Presque toute la cit\u00e9 y vint ; il apprit que Cotos \u00e9tait l\u2019\u00e9lu d\u2019une poign\u00e9e d\u2019hommes r\u00e9unis en secret ailleurs et \u00e0 un autre moment qu\u2019il ne convenait, que le fr\u00e8re avait proclam\u00e9 l\u2019\u00e9lection du fr\u00e8re, alors que les lois interdisaient que deux membres d\u2019une m\u00eame famille fussent l\u2019un du vivant de l\u2019autre, non seulement nomm\u00e9s magistrats, mais m\u00eame admis au s\u00e9nat. Il obligea Cotos \u00e0 d\u00e9poser le pouvoir, et invita Convictolitavis, qui avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9, conform\u00e9ment aux usages, sous la pr\u00e9sidence des pr\u00eatres et alors que la magistrature \u00e9tait vacante, \u00e0 prendre le pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>34. Cette d\u00e9cision \u00e9tant intervenue, il exhorta les H\u00e9duens \u00e0 oublier discussions et querelles, \u00e0 tout laisser pour se consacrer \u00e0 la pr\u00e9sente guerre ; il leur promit qu\u2019ils recevraient de lui, une fois la Gaule vaincue, les r\u00e9compenses qu\u2019ils auraient m\u00e9rit\u00e9es ; il les invita \u00e0 lui envoyer sans retard toute leur cavalerie, et dix mille fantassins qu\u2019il r\u00e9partirait dans divers postes pour la protection des convois de vivres. Il fit ensuite deux parts de son arm\u00e9e quatre l\u00e9gions furent confi\u00e9es \u00e0 Labi\u00e9nus pour marcher contre les S\u00e9nons et les Parisii, et il mena lui-m\u00eame les six autres chez les Arvernes, vers la ville de Gergovie, en suivant l\u2019Allier ; il donna une partie de la cavalerie \u00e0 Labi\u00e9nus et garda l\u2019autre part. Quand Vercing\u00e9torix apprit ces nouvelles, il coupa tous les ponts de l\u2019Allier et se mit \u00e0 remonter le fleuve sur la rive oppos\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>35. Les deux arm\u00e9es se voyaient l\u2019une l\u2019autre et campaient g\u00e9n\u00e9ralement face \u00e0 face ; et comme Vercing\u00e9torix disposait des \u00e9claireurs pour emp\u00eacher les Romains de faire un pont et de franchir le fleuve, C\u00e9sar se trouvait dans une situation fort difficile : il risquait d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 par l\u2019Allier la plus grande partie de l\u2019\u00e9t\u00e9, car ce n\u2019est gu\u00e8re avant l\u2019automne que, d\u2019habitude, l\u2019Allier est gu\u00e9able. Pour \u00e9viter qu\u2019il en f\u00fbt ainsi, C\u00e9sar alla camper dans une r\u00e9gion bois\u00e9e en face de l\u2019un des ponts que Vercing\u00e9torix avait fait d\u00e9truire, et le lendemain il y demeura secr\u00e8tement avec deux l\u00e9gions, tandis qu\u2019il faisait partir comme \u00e0 l\u2019habitude le reste de ses troupes avec tous les bagages, ayant eu soin de fractionner un certain nombre de cohortes pour faire croire que le nombre des l\u00e9gions n\u2019avait pas chang\u00e9. Il leur donna l\u2019ordre de se porter aussi loin que possible en avant, et quand l\u2019heure lui fit supposer qu\u2019elles \u00e9taient arriv\u00e9es au campement, il se mit \u00e0 r\u00e9tablir le pont sur les anciens pilotis, dont la partie inf\u00e9rieure restait enti\u00e8re. L\u2019ouvrage fut rapidement termin\u00e9 ; il fit passer les l\u00e9gions et, ayant choisi un emplacement favorable pour son camp, rappela \u00e0 lui les autres corps. Quand Vercing\u00e9torix apprit la chose, craignant d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 \u00e0 livrer bataille malgr\u00e9 lui, il for\u00e7a les \u00e9tapes pour prendre de l\u2019avance.<\/p>\n\n\n\n<p>36. C\u00e9sar parvint \u00e0 Gergovie en quatre \u00e9tapes ; ayant livr\u00e9 le jour de son arriv\u00e9e un petit combat de cavalerie, et ayant reconnu la place, qui \u00e9tait sur une montagne fort haute et d\u2019acc\u00e8s partout difficile, il d\u00e9sesp\u00e9ra de l\u2019enlever de force ; quant \u00e0 un si\u00e8ge, il d\u00e9cida de n\u2019y songer qu\u2019apr\u00e8s avoir pourvu aux subsistances. De son c\u00f4t\u00e9, Vercing\u00e9torix avait camp\u00e9 pr\u00e8s de la ville, sur la hauteur, et il avait dispos\u00e9 autour de lui les forces de chaque cit\u00e9, en ne les s\u00e9parant que par un l\u00e9ger intervalle tous les sommets de cette cha\u00eene que la vue d\u00e9couvrait \u00e9taient occup\u00e9s par ses troupes, en sorte qu\u2019elles offraient un spectacle terrifiant. Ceux des chefs de cit\u00e9s qu\u2019il avait choisis pour former son conseil \u00e9taient convoqu\u00e9s par lui chaque jour \u00e0 la premi\u00e8re heure pour les d\u00e9cisions \u00e0 prendre ou les mesures \u00e0 ex\u00e9cuter ; et il ne se passait presque point de jour qu\u2019il n\u2019\u00e9prouv\u00e2t, par des engagements de cavalerie auxquels se m\u00ealaient les archers, l\u2019ardeur et la valeur de chacun. Il y avait en face de la ville, au pied m\u00eame de la montagne, une colline tr\u00e8s bien fortifi\u00e9e par la nature, et isol\u00e9e de toutes parts : si nous l\u2019occupions, nous priverions l\u2019ennemi d\u2019une grande partie de son eau et il ne fourragerait plus librement. Mais cette position \u00e9tait tenue par une garnison qui n\u2019\u00e9tait pas m\u00e9prisable. Pourtant C\u00e9sar, \u00e9tant sorti de son camp au milieu du silence de la nuit, bouscula les d\u00e9fenseurs avant que l\u2019on e\u00fbt pu les secourir de la place et, ma\u00eetre de la position, y installa deux l\u00e9gions ; il relia le petit camp au grand camp par un double foss\u00e9 de douze pieds de large, afin que m\u00eame des hommes isol\u00e9s pussent aller de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u00e0 l\u2019abri des surprises de l\u2019ennemie.<\/p>\n\n\n\n<p>37. Tandis que ces \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent devant Gergovie, Convictolitavis, cet H\u00e9duen \u00e0 qui, comme on l\u2019a vu, C\u00e9sar avait donn\u00e9 la magistrature supr\u00eame, c\u00e9dant aux s\u00e9ductions de l\u2019or arverne, entre en rapports avec certains jeunes gens, \u00e0 la t\u00eate desquels \u00e9taient Litaviccos et ses fr\u00e8res, issus d\u2019une tr\u00e8s grande famille. Il partage avec eux le prix de sa trahison, et les exhorte \u00e0 se souvenir qu\u2019ils sont des hommes libres et n\u00e9s pour commander. \u00ab Il n\u2019y a qu\u2019un seul obstacle \u00e0 la victoire des Gaulois, qui est certaine : c\u2019est l\u2019attitude des H\u00e9duens ; l\u2019autorit\u00e9 de leur exemple retient les autres cit\u00e9s qu\u2019ils abandonnent les Romains, et ceux-ci ne pourront plus tenir en Gaule. Sans doute, il n\u2019est pas sans avoir \u00e0 C\u00e9sar quelque obligation, quoique celui-ci n\u2019ait fait, apr\u00e8s tout, que reconna\u00eetre la justice de sa cause ; mais le d\u00e9sir de l\u2019ind\u00e9pendance nationale est le plus fort. Car enfin, pourquoi les H\u00e9duens recourraient-ils \u00e0 l\u2019arbitrage de C\u00e9sar quand il s\u2019agit de leur constitution et de leurs lois, plut\u00f4t que Rome \u00e0 celui des H\u00e9duens ? \u00bb Le discours du magistrat et l\u2019argent ont vite fait d\u2019entra\u00eener ces jeunes hommes : ils se d\u00e9clarent m\u00eame pr\u00eats \u00e0 prendre la t\u00eate du mouvement, et nos conjur\u00e9s cherchent un plan d\u2019action, car ils ne se flattaient pas d\u2019amener les H\u00e9duens \u00e0 la guerre si facilement. On d\u00e9cida que Litaviccos recevrait le commandement des dix mille hommes qu\u2019on devait envoyer \u00e0 C\u00e9sar, et il se chargerait de les conduire, tandis que ses fr\u00e8res le devanceraient aupr\u00e8s de C\u00e9sar. Les autres parties du plan sont \u00e9galement r\u00e9gl\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>38. On remit l\u2019arm\u00e9e \u00e0 Litaviccos. Quand il fut \u00e0 environ trente milles de Gergovie, il r\u00e9unit soudain ses troupes et, tout en larmes, leur dit : \u00ab O\u00f9 allons-nous, soldats ? Toute notre cavalerie, toute notre noblesse ont p\u00e9ri ; des citoyens du plus haut rang, Epor\u00e9dorix et Viridomaros, accus\u00e9s de trahison par les Romains, ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mort sans qu\u2019on leur e\u00fbt permis de se d\u00e9fendre. Apprenez le d\u00e9tail du drame de la bouche de ceux qui ont \u00e9chapp\u00e9 au massacre, car pour moi, qui ai perdu mes fr\u00e8res et tous mes proches, la douleur m\u2019emp\u00eache d\u2019en faire le r\u00e9cit. \u00bb On fait avancer des hommes \u00e0 qui il avait fait la le\u00e7on, et ils racontent \u00e0 la multitude ce que Litaviccos venait d\u2019annoncer \u00ab Les cavaliers h\u00e9duens ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s sous pr\u00e9texte qu\u2019ils \u00e9taient entr\u00e9s en pourparlers avec les Arvernes ; quant \u00e0 eux, ils ont pu se cacher au milieu de la foule des soldats et \u00e9chapper ainsi au carnage. \u00bb Une clameur s\u2019\u00e9l\u00e8ve, on supplie Litaviccos d\u2019indiquer le parti \u00e0 prendre. Mais lui : \u00ab S\u2019agit-il de d\u00e9lib\u00e9rer ? ne sommes-nous pas dans l\u2019obligation d\u2019aller \u00e0 Gergovie et de nous joindre aux Arvernes ? A moins que nous ne doutions que les Romains, apr\u00e8s un tel crime, n\u2019accourent pas d\u00e9j\u00e0 pour nous \u00e9gorger ? Ainsi donc, si nous avons du coeur, vengeons la mort des victimes qu\u2019ils ont indignement massacr\u00e9es, et exterminons ces bandits. \u00bb Ce disant, il d\u00e9signe des citoyens romains qui s\u2019\u00e9taient joints \u00e0 lui, confiants dans sa protection ; il livre au pillage le bl\u00e9 et les approvisionnements dont il convoyait une grande quantit\u00e9, et fait p\u00e9rir ces malheureux dans de cruelles tortures. Il envoie des messagers dans tout le pays des H\u00e9duens, y provoque une profonde \u00e9motion par la m\u00eame nouvelle mensong\u00e8re d\u2019un massacre des cavaliers et des notables ; il exhorte ses concitoyens \u00e0 venger leurs injures de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019il a fait lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>39. L\u2019H\u00e9duen Epor\u00e9dorix, jeune homme de tr\u00e8s grande famille et tr\u00e8s puissant dans son pays, et avec lui Viridomaros, de m\u00eame \u00e2ge et de m\u00eame cr\u00e9dit, mais de moindre naissance, que C\u00e9sar, sur la recommandation de Diviciacos, avait \u00e9lev\u00e9 d\u2019une condition obscure aux plus grands honneurs, s\u2019\u00e9taient joints \u00e0 la cavalerie h\u00e9duenne sur convocation sp\u00e9ciale de sa part. Ils se disputaient le premier rang, et dans ce conflit des deux magistrats supr\u00eames qu\u2019on a racont\u00e9 plus, haut, ils avaient lutt\u00e9 de toutes leurs forces : l\u2019un pour Convictolitavis, l\u2019autre pour Lotos. Epor\u00e9dorix, instruit des projets de Litaviccos, vient, vers le milieu de la nuit, mettre C\u00e9sar au courant ; il le supplie de ne pas souffrir que les desseins pervers de quelques jeunes gens fassent abandonner \u00e0 son pays l\u2019amiti\u00e9 de Rome ; ce qui se produira, si tant de milliers d\u2019hommes se joignent \u00e0 l\u2019ennemi, car leurs proches ne pourront se d\u00e9sint\u00e9resser de leur sort, ni la nation ne point y attacher d\u2019importance.<\/p>\n\n\n\n<p>40. Cette nouvelle affecta vivement C\u00e9sar, car il avait toujours eu pour les H\u00e9duens des bont\u00e9s particuli\u00e8res ; sans h\u00e9siter, il fait sortir du camp quatre l\u00e9gions sans bagages et toute la cavalerie ; et on n\u2019eut pas le temps, dans des conjonctures si pressantes, de resserrer le camp, car le succ\u00e8s d\u00e9pendait de Ia rapidit\u00e9 ; il laisse son l\u00e9gat La\u00efus Fabius avec deux l\u00e9gions pour la garde du camp. Ayant ordonn\u00e9 qu\u2019on se sais\u00eet des fr\u00e8res de Litaviccos, il apprend qu\u2019ils viennent de s\u2019enfuir chez l\u2019ennemi. Il exhorte ses soldats \u00e0 ne pas se rebuter d\u2019une marche p\u00e9nible que la n\u00e9cessit\u00e9 impose ; tous le suivent avec ardeur, et apr\u00e8s avoir parcouru vingt-cinq milles, il aper\u00e7oit les H\u00e9duens ; il lance sa cavalerie, les arr\u00eate, les emp\u00eache d\u2019avancer, mais fait d\u00e9fense g\u00e9n\u00e9rale de tuer personne. Il ordonne \u00e0 Epor\u00e9dorix et \u00e0 Viridomaros, que les H\u00e9duens croyaient morts, de se m\u00ealer aux cavaliers et d\u2019appeler leurs compatriotes. On les reconna\u00eet, on d\u00e9couvre l\u2019imposture de Litaviccos ; alors les H\u00e9duens tendent les mains, font signe qu\u2019ils se rendent et, jetant leurs armes, demandent gr\u00e2ce. Litaviccos se r\u00e9fugie \u00e0 Gergovie, accompagn\u00e9 de ses clients, car, selon la coutume des Gaulois, il est impie, m\u00eame si la situation est sans issue, d\u2019abandonner son patron.<\/p>\n\n\n\n<p>41. C\u00e9sar envoya des messagers chez les H\u00e9duens pour leur faire savoir que sa bont\u00e9 avait laiss\u00e9 la vie \u00e0 des hommes que le droit de la guerre lui e\u00fbt permis de faire p\u00e9rir ; puis, ayant fait reposer son arm\u00e9e pendant trois heures de nuit, il se mit en route pour Gergovie. Il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 mi-chemin quand des cavaliers d\u00e9p\u00each\u00e9s par Fabius lui font conna\u00eetre quel danger le camp a couru. \u00ab Des forces consid\u00e9rables ont donn\u00e9 l\u2019assaut ; une rel\u00e8ve fr\u00e9quente rempla\u00e7ait les troupes fatigu\u00e9es par des troupes fra\u00eeches, tandis que les n\u00f4tres \u00e9taient oblig\u00e9s \u00e0 un effort ininterrompu et \u00e9puisant car, en raison de l\u2019\u00e9tendue du camp, les m\u00eames devaient demeurer sans cesse au retranchement. Une gr\u00eale de fl\u00e8ches et de traits de toutes sortes en avait bless\u00e9 un grand nombre ; pour r\u00e9sister \u00e0 cette attaque, notre artillerie avait \u00e9t\u00e9 d\u2019un grand secours. Fabius profitait de leur d\u00e9part pour boucher les portes du camp, sauf deux, garnir la palissade de mantelets, et se pr\u00e9parer \u00e0 pareil assaut pour le lendemain. \u00bb A cette nouvelle, C\u00e9sar h\u00e2ta sa marche, et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ardeur extr\u00eame des soldats, parvint au camp avant le lever du soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>42. Tandis que ces \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent devant Gergovie, les H\u00e9duens, aux premi\u00e8res nouvelles qu\u2019ils re\u00e7oivent de Litaviccos, ne se donnent pas le temps de s\u2019informer. La cupidit\u00e9 excite les uns, les autres ob\u00e9issent \u00e0 leur emportement naturel et \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui est le trait dominant de la race, et qui leur fait prendre un bruit sans consistance pour un fait certain. Ils pillent les biens des citoyens romains, ils tuent, ils emm\u00e8nent en esclavage. Convictolitavis encourage le mouvement qui se d\u00e9clenche : il excite le peuple, il le rend furieux, pour qu\u2019une fois souill\u00e9 d\u2019un crime la honte l\u2019emp\u00eache de revenir \u00e0 la raison. Marcus Aristius, tribun militaire, \u00e9tait en route pour rejoindre sa l\u00e9gion ; on le force \u00e0 quitter Cavillonum en lui promettant sur l\u2019honneur qu\u2019il ne sera pas inqui\u00e9t\u00e9 ; on expulse aussi les Romains qui s\u2019\u00e9taient \u00e9tablis dans la ville pour y faire du commerce. A peine ceux-ci s\u2019\u00e9taient-ils mis en route, qu\u2019on les attaque et qu\u2019on leur enl\u00e8ve tous leurs bagages ; comme ils r\u00e9sistent, ils subissent un assaut d\u2019un jour et d\u2019une nuit ; les pertes \u00e9tant s\u00e9rieuses des deux c\u00f4t\u00e9s, les assaillants appellent aux armes des bandes plus nombreuses.<\/p>\n\n\n\n<p>43. Sur ces entrefaites arrive la nouvelle que tous les soldats h\u00e9duens sont au pouvoir de C\u00e9sar : alors on se pr\u00e9cipite vers Aristius, on explique que le gouvernement n\u2019est pour rien dans ce qui s\u2019est pass\u00e9 ; on ordonne une enqu\u00eate sur les pillages, on confisque les biens de Litaviccos et de ses fr\u00e8res, on d\u00e9pute \u00e0 C\u00e9sar pour se disculper. Cette conduite leur est dict\u00e9e par le d\u00e9sir de recouvrer leurs troupes ; mais ils avaient sur eux la souillure d\u2019un crime, ils \u00e9taient retenus par ce que leur avait rapport\u00e9 le pillage &#8211; car beaucoup y avaient particip\u00e9, &#8211; enfin ils avaient peur du ch\u00e2timent : aussi se mettent-ils \u00e0 se concerter en secret au sujet de la guerre, et ils envoient des ambassades aux autres cit\u00e9s pour essayer de les gagner. C\u00e9sar se rendait compte de ces manoeuvres ; n\u00e9anmoins, il parle aux d\u00e9put\u00e9s avec toute la douceur possible, leur d\u00e9clarant que, tenant compte de l\u2019aveuglement et de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de la populace, il ne prend aucune mesure s\u00e9v\u00e8re contre la nation des H\u00e9duens et ne retire rien de sa bienveillance \u00e0 leur \u00e9gards. Cependant, comme il s\u2019attendait \u00e0 un grand soul\u00e8vement de la Gaule, voulant \u00e9viter d\u2019\u00eatre envelopp\u00e9 par tous les peuples gaulois, il songea aux moyens de quitter Gergovie et de rassembler \u00e0 nouveau toute son arm\u00e9e, afin qu\u2019un d\u00e9part qui n\u2019\u00e9tait d\u00fb qu\u2019\u00e0 la crainte de la d\u00e9fection ne p\u00fbt avoir l\u2019air d\u2019une fuites.<\/p>\n\n\n\n<p>44. Au milieu de ces pens\u00e9es, il lui sembla qu\u2019une occasion s\u2019offrait de vaincre. \u00c9tant venu au petit camp pour inspecter les ouvrages, il remarqua qu\u2019une colline qui \u00e9tait dans les lignes de l\u2019ennemi \u00e9tait d\u00e9garnie de troupes, alors que les jours pr\u00e9c\u00e9dents elles y \u00e9taient si denses que le sol s\u2019en voyait \u00e0 peine. \u00c9tonn\u00e9, il s\u2019enquiert aupr\u00e8s des d\u00e9serteurs, dont il venait un grand nombre chaque jour. Tous font la m\u00eame d\u00e9claration : comme C\u00e9sar l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 appris par ses \u00e9claireurs, le revers de cette colline \u00e9tait presque plat, mais bois\u00e9 et \u00e9troit dans la partie par o\u00f9 l\u2019on acc\u00e9dait \u00e0 l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ville ; l\u2019ennemi craignait beaucoup pour cet endroit, et il sentait bien que, les Romains occupant d\u00e9j\u00e0 une colline, s\u2019il perdait l\u2019autre, il serait presque envelopp\u00e9 et ne pourrait ni sortir, ni fourrager. Vercing\u00e9torix avait appel\u00e9 toutes ses troupes pour la fortifier.<\/p>\n\n\n\n<p>45. Ainsi renseign\u00e9, C\u00e9sar envoie vers la position, au milieu de la nuit, de nombreux escadrons ; il leur ordonne de se r\u00e9pandre de tous c\u00f4t\u00e9s en faisant du bruit. A l\u2019aube, il fait sortir du camp un grand nombre de mulets charg\u00e9s de bagages, les fait d\u00e9b\u00e2ter et ordonne que les muletiers, coiff\u00e9s de casques, prenant l\u2019air et l\u2019allure de cavaliers, fassent le tour par les collines. Il leur adjoint quelques cavaliers qui doivent, pour donner le change, rayonner largement. Par un long d\u00e9tour, ils se concentreront tous au m\u00eame point. Les gens de la ville apercevaient au loin ces mouvements, car de Gergovie la vue plongeait sur le camp, sans toutefois qu\u2019il f\u00fbt possible, \u00e0 une telle distance, de se rendre un compte exact des choses. C\u00e9sar envoie par la m\u00eame ligne de hauteurs une l\u00e9gion, et apr\u00e8s qu\u2019elle s\u2019est un peu avanc\u00e9e, il l\u2019\u00e9tablit dans un fond o\u00f9 des bois la cachent aux regards. L\u2019inqui\u00e9tude des Gaulois augmente et toutes leurs troupes sont achemin\u00e9es sur ce point pour travailler aux retranchements. Quand il voit que le camp ennemi est vide, C\u00e9sar fait passer ses soldats du grand camp dans le petit par petits groupes et en ayant soin que les ornements des casques soient recouverts et les enseignes cach\u00e9es, afin de ne pas attirer l\u2019attention des d\u00e9fenseurs de la ville ; il r\u00e9v\u00e8le ses intentions aux l\u00e9gats qu\u2019il avait mis \u00e0 la t\u00eate de chaque l\u00e9gion ; il leur recommande avant tout de contenir leurs troupes, de veiller \u00e0 ce que l\u2019ardeur au combat ou l\u2019espoir du pillage ne les emporte pas trop loin ; il leur explique les difficult\u00e9s qui viennent de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des positions : seule une action prompte peut y rem\u00e9dier ; il s\u2019agit d\u2019une surprise, non d\u2019une bataille en r\u00e8gle. Apr\u00e8s quoi, il donne le signal de l\u2019assaut et lance en m\u00eame temps, sur la droite, par une autre mont\u00e9e, les H\u00e9duenss.<\/p>\n\n\n\n<p>46. La distance entre le mur de la ville et la plaine, depuis l\u2019endroit o\u00f9 commen\u00e7ait la mont\u00e9e, \u00e9tait, en ligne droite sans aucun d\u00e9tour, de douze cents pas ; mais tous les lacets qu\u2019on avait faits pour faciliter l\u2019ascension augmentaient la longueur du chemin. Environ \u00e0 mi-hauteur, les Gaulois avaient construit un mur de grandes pierres, haut de six pieds, qui suivait le flanc de la colline aussi r\u00e9guli\u00e8rement que le permettait la nature du terrain, et \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 ralentir notre assaut ; toute la zone inf\u00e9rieure avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e vide, tandis que la partie de la colline comprise entre ce mur et le rempart de la ville \u00e9tait remplie de campements tr\u00e8s serr\u00e9s. Nos soldats, au signal donn\u00e9, arrivent promptement \u00e0 ce premier mur ; ils le franchissent, et s\u2019emparent de trois camps ; et ils le firent si promptement que Teutomatos, roi des Nitiobroges, surpris dans sa tente, o\u00f9 il faisait la sieste, n\u2019\u00e9chappa qu\u2019\u00e0 grand-peine des mains des soldats qui y entraient pour faire du butin il s\u2019enfuit \u00e0 demi nu, et son cheval fut bless\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>47. Comme il avait atteint le but qu\u2019il s\u2019\u00e9tait propos\u00e9, C\u00e9sar ordonna de sonner la retraite, et ayant harangu\u00e9 la dixi\u00e8me l\u00e9gion, avec laquelle il \u00e9tait, il lui fit faire halte. Les autres l\u00e9gions n\u2019entendirent pas la trompette, parce qu\u2019elles \u00e9taient au-del\u00e0 d\u2019un ravin assez large ; pourtant les tribuns et les l\u00e9gats, suivant les instructions de C\u00e9sar, s\u2019effor\u00e7aient de les retenir. Mais les soldats, exalt\u00e9s par l\u2019espoir d\u2019une prompte victoire, par le spectacle de l\u2019ennemi en fuite, par le souvenir de leurs pr\u00e9c\u00e9dents succ\u00e8s, pensaient qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019entreprise si ardue que leur valeur ne p\u00fbt mener \u00e0 bien, et ils ne cess\u00e8rent la poursuite qu\u2019une fois arriv\u00e9s pr\u00e8s des murs et des portes de la cit\u00e9. A ce moment, une clameur s\u2019\u00e9leva de tous les points de la ville ; ceux qui \u00e9taient loin, effray\u00e9s de ce soudain tumulte, crurent que l\u2019ennemi avait franchi les portes et sortirent de la place pr\u00e9cipitamment. Les m\u00e8res de famille jetaient du haut des murs des \u00e9toffes et de l\u2019argent et, le sein d\u00e9couvert, pench\u00e9es sur la muraille et tendant leurs mains ouvertes, elles suppliaient les Romains de les \u00e9pargner, de ne pas massacrer, comme ils avaient fait \u00e0 Avaricum, les femmes m\u00eame et les enfants ; plusieurs, se suspendant aux mains de leurs compagnes et se laissant glisser, venaient se rendre aux soldats. Lucius Fabius, centurion de la huiti\u00e8me l\u00e9gion, avait &#8211; c\u2019\u00e9tait connu &#8211; d\u00e9clar\u00e9 ce jour-l\u00e0 au milieu de ses hommes que les r\u00e9compenses de la journ\u00e9e d\u2019Avaricum le remplissaient d\u2019ardeur et qu\u2019il ne souffrirait pas que personne escalad\u00e2t le mur avant lui ; il prit avec lui trois de ses soldats et, hiss\u00e9 par eux, il monta sur le rempart ; puis, \u00e0 son tour, les tirant \u00e0 lui, il les fit monter l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>48. Cependant, ceux des Gaulois qui s\u2019\u00e9taient assembl\u00e9s de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ville, ainsi que nous l\u2019avons expliqu\u00e9 plus haut, pour y faire des travaux de d\u00e9fense, entendant d\u2019abord des cris, puis recevant \u00e0 plusieurs reprises la nouvelle que les Romains \u00e9taient ma\u00eetres de la ville, se port\u00e8rent au pas de course vers le lieu de l\u2019action, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de la cavalerie. A mesure qu\u2019ils arrivaient, ils prenaient position au pied de la muraille et grossissaient les rangs de nos adversaires. Lorsqu\u2019ils furent en grand nombre, on vit les m\u00e8res de famille, qui, quelques instants auparavant, nous tendaient les mains du haut des murs, adresser leurs pri\u00e8res aux Gaulois et, selon la coutume de ce peuple, leur montrer leurs cheveux \u00e9pars et tendre vers eux leurs enfants. Les Romains ne luttaient pas \u00e0 armes \u00e9gales : la position, le nombre \u00e9taient contre eux ; sans compter que, fatigu\u00e9s par la course et par la dur\u00e9e du combat, il ne leur \u00e9tait pas facile de soutenir le choc de troupes toutes fra\u00eeches.<\/p>\n\n\n\n<p>49. C\u00e9sar, voyant que l\u2019ennemi avait l\u2019avantage de la position et, de plus en plus, celui du nombre, con\u00e7ut des craintes pour la suite du combat : il envoya \u00e0 son l\u00e9gat Titus Sextius, \u00e0 qui il avait confi\u00e9 la garde du petit camp, l\u2019ordre d\u2019en faire sortir promptement ses cohortes et de les disposer au pied de la colline, sur la droite de l\u2019ennemi, afin que, s\u2019il voyait les n\u00f4tres l\u00e2cher pied, il p\u00fbt intimider l\u2019ennemi et g\u00eaner sa poursuite. De son c\u00f4t\u00e9, C\u00e9sar, s\u2019\u00e9tant port\u00e9 avec sa l\u00e9gion un peu en avant du point o\u00f9 il avait fait halte, attendait l\u2019issue du combat.<\/p>\n\n\n\n<p>50. Le corps \u00e0 corps \u00e9tait acharn\u00e9, l\u2019ennemi se fiant aux avantages que lui donnaient le terrain et le nombre, et nos soldats \u00e0 leur valeur, quand soudain on vit para\u00eetre sur notre flanc droit les H\u00e9duens, que C\u00e9sar avait envoy\u00e9s par une autre mont\u00e9e, \u00e0 droite, pour faire diversion. Tromp\u00e9s par la ressemblance de leurs armes avec celles des ennemis, les Romains furent vivement \u00e9mus, et bien qu\u2019ils eussent l\u2019\u00e9paule droite d\u00e9couverte, ce qui \u00e9tait le signe conventionnel en usage, nos soldats crurent que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 un stratag\u00e8me employ\u00e9 par l\u2019ennemi pour les abuser. Au m\u00eame moment, le centurion Lucius Fabius et ceux qui avaient escalad\u00e9 la muraille avec lui \u00e9taient envelopp\u00e9s, massacr\u00e9s et jet\u00e9s \u00e0 bas du rempart. Marcus P\u00e9tronius, centurion de la m\u00eame l\u00e9gion, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de briser les portes, \u00e9cras\u00e9 par le nombre et voyant sa mort certaine &#8211; il \u00e9tait couvert de blessures, &#8211; s\u2019adressa en ces termes \u00e0 ses hommes qui l\u2019avaient suivi \u00ab Puisque je ne peux me sauver avec vous, je veux du moins pr\u00e9server votre vie, que ma passion de la gloire a mise en p\u00e9ril. Songez \u00e0 votre salut, je vais vous en donner le moyen. \u00bb Ce disant, il se pr\u00e9cipita au milieu des ennemis, en tua deux et r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9gager un peu la porte. Ses hommes essayaient de l\u2019aider ; mais lui : \u00ab En vain, dit-il, vous tentez de me sauver ; j\u2019ai perdu trop de sang et mes forces me trahissent. Partez donc, pendant que vous le pouvez encore, et repliez-vous sur la l\u00e9gion. \u00bb C\u2019est ainsi que peu apr\u00e8s il tomba, les armes \u00e0 la main, en assurant le salut des siens.<\/p>\n\n\n\n<p>51. Les n\u00f4tres, press\u00e9s de toutes parts, ayant perdu quarante-six centurions, furent bouscul\u00e9s. La poursuite furieuse des Gaulois fut ralentie par la dixi\u00e8me l\u00e9gion qui s\u2019\u00e9tait \u00e9tablie en soutien sur un point o\u00f9 la pente \u00e9tait un peu moins forte. Cette l\u00e9gion fut \u00e0 son tour appuy\u00e9e par les cohortes de la treizi\u00e8me, que le l\u00e9gat Titus Sextius avait fait sortir du petit camp et qui avaient pris position au-dessus de la plaine. D\u00e8s que l\u2019ensemble de nos l\u00e9gions atteignit cette plaine, elles s\u2019arr\u00eat\u00e8rent et se reform\u00e8rent face \u00e0 l\u2019ennemi. Vercing\u00e9torix ramena ses troupes du pied de la colline \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du retranchement. Nous perd\u00eemes ce jour-l\u00e0 un peu moins de sept cents hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>52. Le lendemain, C\u00e9sar, ayant assembl\u00e9 ses troupes, leur reprocha leur manque de r\u00e9flexion et de sang-froid : \u00ab Ils avaient d\u00e9cid\u00e9 d\u2019eux-m\u00eames jusqu\u2019o\u00f9 ils devaient aller et ce qu\u2019ils devaient faire, ils ne s\u2019\u00e9taient pas arr\u00eat\u00e9s quand on avait sonn\u00e9 la retraite, et les tribuns, les l\u00e9gats m\u00eame n\u2019avaient pu les retenir. Il leur expliqua de quelle importance \u00e9tait le d\u00e9savantage de la position, et quelle avait \u00e9t\u00e9 sa pens\u00e9e \u00e0 Avaricum, lorsque, ayant surpris l\u2019ennemi sans chef et sans cavalerie, s\u00fbr de la victoire, il y avait pourtant renonc\u00e9, parce qu\u2019il ne voulait pas \u00e9prouver dans cette rencontre les pertes, fussent-elles l\u00e9g\u00e8res, que lui aurait values le d\u00e9savantage de sa position. Autant il admirait l\u2019h\u00e9ro\u00efsme d\u2019hommes que n\u2019avaient arr\u00eat\u00e9s ni les fortifications du camp ennemi, ni la hauteur de la montagne, ni le mur de la ville, autant il r\u00e9prouvait leur l\u2019indiscipline et leur pr\u00e9somption, qui leur avaient fait croire qu\u2019ils \u00e9taient plus capables que leur g\u00e9n\u00e9ral d\u2019avoir une opinion sur les conditions de la victoire et sur l\u2019issue d\u2019une action. Et il ne demandait au soldat pas moins de discipline et de domination de soi-m\u00eame que de courage et de force d\u2019\u00e2me. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>53. Ses derniers mots furent des mots de r\u00e9confort : \u00ab Il n\u2019y avait pas lieu de se d\u00e9courager, et ils ne devaient pas attribuer aux qualit\u00e9s guerri\u00e8res de l\u2019ennemi un \u00e9chec que leur avait valu le d\u00e9savantage de leur position. \u00bb Apr\u00e8s cette harangue, \u00e9tant toujours du m\u00eame avis sur l\u2019opportunit\u00e9 du d\u00e9part, il fit sortir ses l\u00e9gions du camp et les rangea en bataille sur un terrain favorable. Comme Vercing\u00e9torix n\u2019en restait pas moins derri\u00e8re ses retranchements et ne descendait pas dans la plaine, apr\u00e8s un petit engagement de cavalerie, et o\u00f9 il eut l\u2019avantage, il ramena ses troupes dans le camp. Il recommen\u00e7a le lendemain, et jugeant d\u00e8s lors qu\u2019il en avait assez fait pour rabattre la jactance gauloise et pour relever le courage des siens, il se mit en route pour le pays des H\u00e9duens. L\u2019ennemi n\u2019osa pas davantage nous poursuivre ; le troisi\u00e8me jour, C\u00e9sar atteint l\u2019Allier, y reconstruit les ponts et fait passer ses troupes sur l\u2019autre rive.<\/p>\n\n\n\n<p>54. L\u00e0, les H\u00e9duens Viridomaros et Epor\u00e9dorix ayant demand\u00e9 \u00e0 lui parler, il apprend d\u2019eux que Litaviccos est parti avec toute la cavalerie pour t\u00e2cher de soulever les H\u00e9duens ; il faut, disent-ils, qu\u2019ils aillent en avant pour maintenir la cit\u00e9 dans le devoir. Bien qu\u2019il e\u00fbt d\u00e9j\u00e0 maintes preuves de la perfidie des H\u00e9duens, et qu\u2019il lui par\u00fbt que leur d\u00e9part ne ferait que h\u00e2ter la d\u00e9fection de ce peuple, il ne crut point pourtant devoir les retenir, ne voulant pas les offenser ni laisser supposer qu\u2019il f\u00fbt inquiet. Au moment de leur d\u00e9part, il leur exposa, en quelques mots, ses titres \u00e0 la reconnaissance des H\u00e9duens : ce qu\u2019ils \u00e9taient, et dans quel abaissement, quand il les accueillit : refoul\u00e9s dans les places fortes, d\u00e9pouill\u00e9s de leurs terres, priv\u00e9s de toutes leurs troupes, soumis \u00e0 un tribut, oblig\u00e9s, par les contraintes les plus humiliantes, \u00e0 livrer des otages ; ce qu\u2019il avait fait d\u2019eux, et comment il les avait port\u00e9s si haut que non seulement on les voyait rendus \u00e0 leur premier \u00e9tat, mais plus honor\u00e9s et plus puissants qu\u2019ils n\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9. Sur ces paroles, qu\u2019ils avaient charge de r\u00e9p\u00e9ter, il les cong\u00e9dia.<\/p>\n\n\n\n<p>55. Noviodunum \u00e9tait une ville des H\u00e9duens situ\u00e9e sur les bords de la Loire, dans une position avantageuse. C\u00e9sar y avait rassembl\u00e9 tous les otages de la Gaule, du bl\u00e9, de l\u2019argent des caisses publiques, une grande partie de ses bagages et de ceux de l\u2019arm\u00e9e, il y avait envoy\u00e9 un grand nombre de chevaux achet\u00e9s en Italie et en <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/iberian-mythology\/\">Spain<\/a> en vue de la pr\u00e9sente guerre. Epor\u00e9dorix et Viridomaros, en arrivant dans cette ville, apprirent quelle \u00e9tait la situation chez les H\u00e9duens : ceux-ci avaient accueilli Litaviccos \u00e0 Bibracte, ville qui jouit chez eux d\u2019une tr\u00e8s grosse influence ; Convictolitavis, magistrat supr\u00eame de la nation, et une grande partie du s\u00e9nat \u00e9taient venus l\u2019y trouver ; on avait envoy\u00e9 officiellement des ambassadeurs \u00e0 Vercing\u00e9torix pour conclure avec lui un trait\u00e9 de paix et d\u2019alliance aussi pens\u00e8rent-ils qu\u2019ils ne devaient pas laisser \u00e9chapper une occasion aussi avantageuse. Ayant donc massacr\u00e9 le d\u00e9tachement de garde \u00e0 Noviodunum et les marchands qui s\u2019y trouvaient, ils se partag\u00e8rent l\u2019argent et les chevaux ; ils firent conduire les otages des divers peuples \u00e0 Bibracte, aupr\u00e8s du magistrat supr\u00eame ; quant \u00e0 la ville, jugeant impossible de la tenir, ils l\u2019incendi\u00e8rent, pour qu\u2019elle ne p\u00fbt servir aux Romains ; ils emport\u00e8rent dans des bateaux tout le bl\u00e9 qu\u2019ils purent charger sur l\u2019heure, et le reste, ils le jet\u00e8rent dans le fleuve ou le br\u00fbl\u00e8rent. Ils s\u2019employ\u00e8rent personnellement \u00e0 lever des troupes dans les r\u00e9gions voisines, \u00e0 disposer des d\u00e9tachements et des petits postes sur les bords de la Loire, \u00e0 faire partout des raids terroristes de cavalerie, esp\u00e9rant ainsi couper les Romains de leur ravitaillement ou les d\u00e9terminer, par la disette, \u00e0 s\u2019en aller dans la Province. Ce qui les encourageait beaucoup dans cet espoir, c\u2019est que la fonte des neiges avait provoqu\u00e9 une crue du fleuve, en sorte que le franchir \u00e0 gu\u00e9 apparaissait comme une chose absolument impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>56. Quand il apprit cela, C\u00e9sar pensa qu\u2019ildevait faire diligence : s\u2019il lui fallait, en construisant des ponts, courir le danger d\u2019une attaque, il importait qu\u2019il p\u00fbt livrer bataille avant qu\u2019on n\u2019e\u00fbt r\u00e9uni sur ce point de trop grandes forces. Quant \u00e0 changer ses plans et \u00e0 se diriger vers la Province, mesure que personne \u00e0 ce moment-l\u00e0 ne jugeait indispensable, maintes raisons s\u2019y opposaient les Gaulois nous m\u00e9priseraient, la chose \u00e9tait d\u00e9shonorante, les C\u00e9vennes barraient la route, les chemins \u00e9taient malais\u00e9s, mais surtout, il craignait fort pour Labi\u00e9nus, qui \u00e9tait s\u00e9par\u00e9 de lui, et pour les l\u00e9gions qu\u2019il avait d\u00e9tach\u00e9es sous ses ordres. Aussi, surprenant tout le monde, il atteignit la Loire \u00e0 tr\u00e8s fortes \u00e9tapes de jour et de nuit, puis, ses cavaliers ayant d\u00e9couvert un gu\u00e9 convenable, du moins dans la circonstance, car c\u2019\u00e9tait tout juste si les bras et les \u00e9paules pouvaient rester hors de l\u2019eau pour soutenir les armes, il disposa sa cavalerie de fa\u00e7on \u00e0 briser le courant, et comme l\u2019ennemi s\u2019\u00e9tait d\u2019abord troubl\u00e9 \u00e0 notre vue, il passa sans pertes. Il trouva dans la campagne du bl\u00e9 et beaucoup de b\u00e9tail, se r\u00e9approvisionna, et se mit en route pour le pays des S\u00e9nons.<\/p>\n\n\n\n<p>57. Tandis que ces \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent du c\u00f4t\u00e9 de C\u00e9sar, Labi\u00e9nus, laissant \u00e0 Ag\u00e9dincum, pour garder les bagages, les troupes de renfort qu\u2019il venait de recevoir d\u2019Italie part vers Lut\u00e8ce avec quatre l\u00e9gions. C\u2019est la ville des Parisii, situ\u00e9e dans une \u00eele de la Seine. Quand l\u2019ennemi sut qu\u2019il approchait, d\u2019importants contingents venus des cit\u00e9s voisines se rassembl\u00e8rent. On donne le commandement en chef \u00e0 l\u2019Aulerque Camulog\u00e8ne il \u00e9tait presque \u00e9puis\u00e9 par l\u2019\u00e2ge, mais sa particuli\u00e8re connaissance de l\u2019art militaire lui valut cet honneur. Ayant observ\u00e9 l\u2019existence d\u2019un marais continu qui d\u00e9versait ses eaux dans la Seine et rendait l\u2019acc\u00e8s de toute la r\u00e9gion fort difficile, il s\u2019y \u00e9tablit et entreprit de nous interdire le passage.<\/p>\n\n\n\n<p>58. Labi\u00e9nus commen\u00e7a par essayer de faire avancer des mantelets, de combler le marais avec des fascines et des mat\u00e9riaux de remblayage, enfin de construire une chauss\u00e9e. Voyant que l\u2019entreprise offrait trop de difficult\u00e9s, il sortit sans bruit de son camp \u00e0 la troisi\u00e8me veille et, reprenant le chemin qu\u2019il avait suivi pour venir, arriva \u00e0 Metlos\u00e9dum. C\u2019est une ville des S\u00e9nons situ\u00e9e dans une \u00eele de la Seine comme nous venons de dire qu\u2019\u00e9tait Lut\u00e8ce. Labi\u00e9nus s\u2019empare d\u2019environ cinquante embarcations, les unit rapidement les unes aux autres et y jette des soldats. Gr\u00e2ce \u00e0 la surprise et \u00e0 la terreur des gens de la ville, dont un grand nombre d\u2019habitants \u00e9taient partis pour la guerre, il se rend sans combat ma\u00eetre de la place. Il r\u00e9tablit le pont que l\u2019ennemi avait coup\u00e9 les jours pr\u00e9c\u00e9dents, y fait passer son arm\u00e9e et fait route vers Lut\u00e8ce en suivant le cours du fleuve. Les ennemis, inform\u00e9s par ceux qui s\u2019\u00e9taient enfuis de Metlos\u00e9dum, font incendier Lut\u00e8ce et couper les ponts de cette ville ; de leur c\u00f4t\u00e9, ils quittent le marais et s\u2019\u00e9tablissent sur la rive de la Seine, devant Lut\u00e8ce et face au camp de Labi\u00e9nus.<\/p>\n\n\n\n<p>59. D\u00e9j\u00e0 on entendait dire que C\u00e9sar avait quitt\u00e9 Gergovie, d\u00e9j\u00e0 des bruits couraient concernant la d\u00e9fection des H\u00e9duens et le succ\u00e8s du soul\u00e8vement g\u00e9n\u00e9ral, et les Gaulois, dans leurs entretiens, affirmaient que C\u00e9sar avait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9, n\u2019avait pu franchir la Loire, et, contraint par la disette, avait pris le chemin de la Province. Quand la trahison des H\u00e9duens fut connue des Bellovaques qui, d\u00e9j\u00e0 auparavant, s\u2019\u00e9taient d\u2019eux-m\u00eames montr\u00e9s peu s\u00fbrs, ils se mirent \u00e0 mobiliser et \u00e0 pr\u00e9parer ouvertement les hostilit\u00e9s. Alors Labi\u00e9nus, comprenant, en pr\u00e9sence d\u2019un tel renversement de la situation, qu\u2019il devait compl\u00e8tement changer ses plans, songea non plus \u00e0 faire des conqu\u00eates et \u00e0 livrer bataille \u00e0 l\u2019ennemi, mais \u00e0 ramener son arm\u00e9e saine et sauve \u00e0 Ag\u00e9dincum. Et en effet, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, c\u2019\u00e9tait la menace des Bellovaques, peuple qui est r\u00e9put\u00e9 parmi les peuples gaulois pour le plus valeureux ; de l\u2019autre, Camulog\u00e8ne avec une arm\u00e9e pr\u00eate au combat et bien \u00e9quip\u00e9e ; de plus, les l\u00e9gions \u00e9taient s\u00e9par\u00e9es de leurs r\u00e9serves et de leurs bagages par un grand fleuve. Devant de telles difficult\u00e9s soudainement surgies, il voyait bien qu\u2019il fallait chercher le salut dans une r\u00e9solution courageuse.<\/p>\n\n\n\n<p>60. Donc, ayant r\u00e9uni \u00e0 la tomb\u00e9e du jour un conseil de guerre et ayant exhort\u00e9 ses officiers \u00e0 ex\u00e9cuter soigneusement et rigoureusement ses ordres, il confie chacune des embarcations qu\u2019il avait amen\u00e9es de Metlos\u00e9dum \u00e0 un chevalier romain et ordonne qu\u2019apr\u00e8s la premi\u00e8re veille on descende en silence le fleuve jusqu\u2019\u00e0 quatre milles de distance, et que l\u00e0 on attende son arriv\u00e9e. Il laisse pour la garde du camp cinq cohortes, celles qu\u2019il jugeait les moins solides ; il ordonne aux cinq autres cohortes de la m\u00eame l\u00e9gion de partir au milieu de la nuit avec tous les bagages en remontant le fleuve, et de faire grand bruit. Il r\u00e9quisitionne aussi des barques, et les dirige du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 \u00e0 grand fracas de rames. Lui-m\u00eame, peu apr\u00e8s, sort en silence avec trois l\u00e9gions et gagne l\u2019endroit o\u00f9 la flotte avait ordre d\u2019aborder.<\/p>\n\n\n\n<p>61. L\u00e0, les \u00e9claireurs ennemis &#8211; on en avait dispos\u00e9 tout le long du fleuve &#8211; sont surpris par notre arriv\u00e9e, car un orage avait \u00e9clat\u00e9 soudain, et ils p\u00e9rissent sous nos coups ; l\u2019infanterie et la cavalerie, sous la direction des chevaliers romains \u00e0 qui Labi\u00e9nus avait confi\u00e9 cette t\u00e2che, sont transport\u00e9es rapidement sur l\u2019autre rive. A l\u2019aube, l\u2019ennemi apprend presque simultan\u00e9ment qu\u2019une agitation inaccoutum\u00e9e r\u00e8gne dans le camp romain, qu\u2019une importante colonne remonte le fleuve, que du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 on entend le bruit des rames, et qu\u2019un peu en aval il y a des navires qui transportent des soldats d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre. A cette nouvelle, pensant que les l\u00e9gions franchissaient le fleuve en trois endroits et qu\u2019effray\u00e9s par la d\u00e9fection des H\u00e9duens les Romains pr\u00e9paraient une fuite g\u00e9n\u00e9rale, ils divis\u00e8rent, eux aussi, leurs troupes en trois corps. Laissant un poste en face du camp et envoyant un petit d\u00e9tachement dans la direction de Metlos\u00e9dum, avec mission de n\u2019avancer qu\u2019autant que l\u2019auraient fait les embarcations, ils men\u00e8rent le reste de leurs forces \u00e0 la rencontre de Labi\u00e9nus.<\/p>\n\n\n\n<p>62. Au lever du jour, tous les n\u00f4tres avaient franchi le fleuve, et on voyait en face la ligne ennemie. Labi\u00e9nus, adressant la parole \u00e0 ses soldats, les exhorte \u00e0 se souvenir de leur valeur, si souvent \u00e9prouv\u00e9e et de tant de glorieuses victoires, enfin \u00e0 se conduire comme si C\u00e9sar en personne, lui qui maintes fois les avait men\u00e9s \u00e0 la victoire, assistait \u00e0 la bataille ; puis il donne le signal du combat. Au premier choc, \u00e0 l\u2019aile droite, o\u00f9 avait pris position la septi\u00e8me l\u00e9gion, l\u2019ennemi est enfonc\u00e9 et mis en d\u00e9route ; \u00e0 gauche, o\u00f9 \u00e9tait la douzi\u00e8me, les premiers rangs ennemis avaient \u00e9t\u00e9 abattus par les javelots ; mais le reste opposait une r\u00e9sistance farouche, et pas un n\u2019e\u00fbt pu \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 de songer \u00e0 fuir. Le chef ennemi, Camulog\u00e8ne, \u00e9tait l\u00e0 aupr\u00e8s des siens, et les encourageait. Mais, tandis que la victoire \u00e9tait encore incertaine, les tribuns de la septi\u00e8me l\u00e9gion, ayant appris ce qui se passait \u00e0 l\u2019aile gauche, firent para\u00eetre leur l\u00e9gion sur les derri\u00e8res de l\u2019ennemi et la port\u00e8rent \u00e0 l\u2019attaque. M\u00eame alors, personne ne l\u00e2cha pied, mais ils furent tous envelopp\u00e9s et massacr\u00e9s. Camulog\u00e8ne partagea le sort commun. Quant \u00e0 ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s en face du camp de Labi\u00e9nus, ayant appris que l\u2019on se battait, ils all\u00e8rent au secours des leurs et s\u2019empar\u00e8rent d\u2019une colline ; mais ils ne purent soutenir le choc de nos soldats victorieux. Ils se m\u00eal\u00e8rent donc aux autres Gaulois qui fuyaient, et ceux que les bois et les collines ne d\u00e9rob\u00e8rent pas \u00e0 notre poursuite furent tu\u00e9s par nos cavaliers. Cette action termin\u00e9e, Labi\u00e9nus retourne \u00e0 Ag\u00e9dincum, o\u00f9 avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s les bagages de toute l\u2019arm\u00e9e ; puis, avec toutes ses troupes, il rejoint C\u00e9sar.<\/p>\n\n\n\n<p>63. Quand on conna\u00eet la trahison des H\u00e9duens, la guerre prend une extension nouvelle. Ils envoient partout des ambassades ; par tout ce qu\u2019ils ont d\u2019influence, d\u2019autorit\u00e9, d\u2019argent, ils s\u2019efforcent de gagner les cit\u00e9s ; comme ils d\u00e9tiennent les otages que C\u00e9sar avait laiss\u00e9s chez eux, leur supplice sert \u00e0 terrifier ceux qui h\u00e9sitent. Ils demandent \u00e0 Vercing\u00e9torix de venir les trouver et de se concerter avec eux sur la conduite de la guerre. Celui-ci ayant consenti, ils pr\u00e9tendent se faire remettre le commandement supr\u00eame, et comme l\u2019affaire d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en conflit, une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Gaule est convoqu\u00e9e \u00e0 Bibracte. On s\u2019y rend en foule de toutes parts. La d\u00e9cision est laiss\u00e9e au suffrage populaire ; celui-ci, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, confirme Vercing\u00e9torix dans le commandement supr\u00eame. Les R\u00e8mes, les Lingons, les Tr\u00e9vires ne prirent point part \u00e0 cette assembl\u00e9e ; les premiers parce qu\u2019ils restaient les amis de Rome, les Tr\u00e9vires parce qu\u2019ils \u00e9taient trop loin et \u00e9taient menac\u00e9s par les Germains, ce qui fut cause qu\u2019ils se tinrent constamment en dehors de la guerre et n\u2019envoy\u00e8rent de secours \u00e0 aucun des deux partis. Les H\u00e9duens \u00e9prouvent un vif ressentiment \u00e0 se voir d\u00e9chus du premier rang, ils d\u00e9plorent le changement de leur fortune et regrettent les bont\u00e9s de C\u00e9sar, sans oser toutefois, les hostilit\u00e9s \u00e9tant commenc\u00e9es, se tenir \u00e0 part du plan commun. Epor\u00e9dorix et Viridomaros, qui nourrissaient les plus hautes ambitions, ne se subordonnent qu\u2019\u00e0 contre coeur \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de Vercing\u00e9torix.<\/p>\n\n\n\n<p>64. Celui-ci commande aux autres cit\u00e9s de lui fournir des otages, et fixe un jour pour leur remise. Il donne l\u2019ordre que tous les cavaliers, au nombre de quinze mille, se concentrent rapidement : \u00ab Pour l\u2019infanterie, il se contentera de ce qu\u2019il avait jusque-l\u00e0, il ne veut pas tenter la fortune ni livrer de bataille rang\u00e9e ; mais, puisqu\u2019il dispose d\u2019une cavalerie tr\u00e8s nombreuse, rien n\u2019est plus facile que d\u2019emp\u00eacher les Romains de se procurer du bl\u00e9 et de faire du fourrage ; seulement, ils ne devront pas h\u00e9siter \u00e0 rendre de leurs propres mains leurs bl\u00e9s inutilisables et \u00e0 incendier leurs granges, tactique de destruction de leurs biens qui, ils le savent, leur assure pour toujours la souverainet\u00e9 et la libert\u00e9. \u00bb Ces mesures prises, il ordonne aux H\u00e9duens et aux S\u00e9gusiaves, qui sont \u00e0 la fronti\u00e8re de la Province, de mettre sur pied dix mille fantassins ; il y joint huit cents cavaliers. Il confie cette troupe au fr\u00e8re d\u2019Epor\u00e9dorix et lui commande d\u2019attaquer les Allobroges. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, il lance les Gabales et les tribus arvernes de la fronti\u00e8re contre les Helviens, et envoie les Rut\u00e8nes et les Cadurques ravager le pays des Volques Ar\u00e9comiques. Cela ne l\u2019emp\u00eache point de solliciter en secret les Allobroges par des courriers priv\u00e9s et des ambassades, car il esp\u00e9rait que les souvenirs de la derni\u00e8re guerre n\u2019\u00e9taient pas encore \u00e9teints dans leur esprit. Aux chefs il promet des sommes d\u2019argent, et \u00e0 la nation que toute la Province lui appartiendra.<\/p>\n\n\n\n<p>65. Pour faire face \u00e0 tous ces dangers, on avait pr\u00e9par\u00e9 une force d\u00e9fensive de vingt-deux cohortes, lev\u00e9e dans la Province m\u00eame par le l\u00e9gat Lucius C\u00e9sar et qui, de tous les c\u00f4t\u00e9s, s\u2019opposait aux envahisseurs. Les Helviens livrent spontan\u00e9ment bataille \u00e0 leurs voisins et sont battus ; ayant perdu le chef de la cit\u00e9, Ca\u00efus Val\u00e9rius Domnotaurus, fils de Caburus, et un tr\u00e8s grand nombre d\u2019autres, ils sont contraints de se r\u00e9fugier dans leurs villes, \u00e0 l\u2019abri de leurs remparts. Les Allobroges organisent avec soin et diligence la d\u00e9fense de leurs fronti\u00e8res, en disposant le long du Rh\u00f4ne une ligne serr\u00e9e de postes. C\u00e9sar, qui savait la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019ennemi en cavalerie, et qui, toutes les routes \u00e9tant coup\u00e9es, ne pouvait recevoir aucun secours de la Province ni de l\u2019Italie, envoie des messagers au-del\u00e0 du Rhin en Germanie, chez les peuples qu\u2019il avait soumis au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, et se fait fournir par eux des cavaliers avec les soldats d\u2019infanterie l\u00e9g\u00e8re qui sont habitu\u00e9s \u00e0 combattre dans leurs rangs. A leur arriv\u00e9e, comme ils avaient des chevaux m\u00e9diocres, il prend ceux des tribuns militaires, des autres chevaliers romains, des \u00e9vocatsi, et les leur donne.<\/p>\n\n\n\n<p>66. Sur ces entrefaites, les forces ennemies qui venaient de chez les Arvernes et les cavaliers que devait fournir toute la Gaule se r\u00e9unissent. Vercing\u00e9torix forme de ceux-ci un corps nombreux et, comme C\u00e9sar faisait route vers le pays des S\u00e9quanes en traversant l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du territoire des Lingons, afin de pouvoir plus ais\u00e9ment secourir la Province, il s\u2019\u00e9tablit, dans trois camps, \u00e0 environ dix mille pas des Romains ; il r\u00e9unit les chefs de ses cavaliers et leur d\u00e9clare que l\u2019heure de la victoire est venue : \u00ab Les Romains sont en fuite vers la Province, ils quittent la Gaule ; cela suffit \u00e0 assurer la libert\u00e9 dans le temps pr\u00e9sent ; mais c\u2019est trop peu pour la s\u00e9curit\u00e9 du lendemain ; car ils reviendront avec des forces plus consid\u00e9rables, ils ne cesseront pas les hostilit\u00e9s. Il faut donc les attaquer tandis qu\u2019ils sont en ordre de marche et embarrass\u00e9s de leurs bagages. Si les fantassins essaient de secourir ceux qu\u2019on attaque, et s\u2019y attardent, ils ne peuvent plus avancer ; si, ce qu\u2019il croit plus probable, ils abandonnent les bagages pour ne plus penser qu\u2019\u00e0 leur vie, ils perdront en m\u00eame temps leurs moyens d\u2019existence et l\u2019honneur. Quant aux cavaliers ennemis, il ne faut pas douter qu\u2019il ne s\u2019en trouve pas un parmi eux pour oser seulement quitter la colonne. Afin qu\u2019ils aient plus de coeur \u00e0 cette attaque, il tiendra toutes ses forces en avant du camp et intimidera l\u2019ennemi. \u00bb Les cavaliers l\u2019acclament, crient qu\u2019il leur faut se lier par le plus sacr\u00e9 des serments pas d\u2019asile sous un toit, pas d\u2019acc\u00e8s aupr\u00e8s de ses enfants, de ses parents, de sa femme, pour celui qui n\u2019aura pas deux fois travers\u00e9 \u00e0 cheval les rangs ennemis.<\/p>\n\n\n\n<p>67. La proposition est approuv\u00e9e : on fait pr\u00eater \u00e0 tous le serment. Le lendemain, les cavaliers sont r\u00e9partis en trois corps et deux apparaissent soudain sur nos flancs tandis que le troisi\u00e8me, en t\u00eate de la colonne, s\u2019appr\u00eate \u00e0 lui barrer la route. Quand C\u00e9sar apprend la chose, il ordonne que sa cavalerie, \u00e9galement partag\u00e9e en trois, coure \u00e0 l\u2019ennemi. On se bat partout \u00e0 la fois. La colonne fait halte ; on rassemble les bagages au milieu des l\u00e9gions. S\u2019il voyait nos cavaliers en difficult\u00e9 ou en dangereuse posture sur quelque point, C\u00e9sar faisait faire front et attaquer de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 ; cette intervention retardait la poursuite des ennemis et rendait courage aux n\u00f4tres, qui se sentaient soutenus. Enfin les Germains, sur la droite, avisant une hauteur qui dominait le pays, bousculent les ennemis qui s\u2019y trouvaient ; ils les poursuivent jusqu\u2019\u00e0 la rivi\u00e8re, o\u00f9 Vercing\u00e9torix avait pris position avec son infanterie, et en font un grand carnage. Voyant cela, les autres craignent d\u2019\u00eatre envelopp\u00e9s et se mettent \u00e0 fuir. Partout on les massacre. Trois H\u00e9duens de la plus haute naissance sont faits prisonniers et conduits \u00e0 C\u00e9sar Cotos, chef de la cavalerie, qui avait \u00e9t\u00e9 en conflit avec Convictolitavis lors des derni\u00e8res \u00e9lections ; Cavarillos, qui avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de l\u2019infanterie h\u00e9duenne apr\u00e8s la d\u00e9fection de Litaviccos, et Epor\u00e9dorix, qui avant l\u2019arriv\u00e9e de C\u00e9sar avait dirig\u00e9 la guerre des H\u00e9duens contre les S\u00e9quanes.<\/p>\n\n\n\n<p>68. Apr\u00e8s cette d\u00e9route de toute sa cavalerie, Vercing\u00e9torix qui avait dispos\u00e9 ses troupes en avant de son camp, les mit en retraite incontinent, et prit la route d\u2019Al\u00e9sia, ville des Mandubiens, en ordonnant qu\u2019on se h\u00e2t\u00e2t de faire sortir du camp les bagages et de les acheminer \u00e0 sa suite. C\u00e9sar, ayant fait conduire ses bagages sur la colline la plus proche et ayant laiss\u00e9 deux l\u00e9gions pour les garder, poursuivit l\u2019ennemi aussi longtemps que le jour le lui permit, et lui tua environ trois mille hommes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-garde ; le lendemain, il campa devant Al\u00e9sia. S\u2019\u00e9tant rendu compte de la force de la position, et voyant, d\u2019autre part, que l\u2019ennemi \u00e9tait terrifi\u00e9, parce que sa cavalerie, qui \u00e9tait l\u2019arme sur laquelle il comptait le plus, avait \u00e9t\u00e9 battue, il exhorta ses soldats au travail et entreprit l\u2019investissement de la place.<\/p>\n\n\n\n<p>69. La ville proprement dite \u00e9tait au sommet d\u2019une colline, \u00e0 une grande altitude, en sorte qu\u2019on voyait bien qu\u2019il \u00e9tait impossible de la prendre autrement que par un si\u00e8ge en r\u00e8gle. Le pied de la colline \u00e9tait de deux c\u00f4t\u00e9s baign\u00e9 par des cours d\u2019eau. En avant de la ville une plaine s\u2019\u00e9tendait sur une longueur d\u2019environ trois milles ; de tous les autres c\u00f4t\u00e9s la colline \u00e9tait entour\u00e9e \u00e0 peu de distance de hauteurs dont l\u2019altitude \u00e9galait la sienne. Au pied du rempart, tout le flanc oriental de la colline \u00e9tait occup\u00e9 par les troupes gauloises, et en avant elles avaient creus\u00e9 un foss\u00e9 et construit un mur grossier de six pieds. Les travaux qu\u2019entreprenaient les Romains se d\u00e9veloppaient sur une longueur de dix milles. Les camps avaient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s aux endroits convenables, et on avait construit, \u00e9galement en bonne place, vingt-trois postes fortifi\u00e9s ; dans ces postes, on d\u00e9tachait pendant le jour des corps de garde, pour emp\u00eacher qu\u2019une attaque soudaine se produis\u00eet sur quelque point ; pendant la nuit, il y avait dans ces m\u00eames postes des veilleurs, et de fortes garnisons les occupaient.<\/p>\n\n\n\n<p>70. Les travaux \u00e9taient en cours d\u2019ex\u00e9cution quand a lieu un combat de cavalerie dans la plaine qui, comme nous l\u2019avons expliqu\u00e9 tout \u00e0 l\u2019heure, s\u2019\u00e9tendait entre les collines sur une longueur de trois mille pas. L\u2019acharnement est extr\u00eame de part et d\u2019autre. C\u00e9sar envoie les Germains au secours des n\u00f4tres qui fl\u00e9chissent, et il range ses l\u00e9gions en avant du camp, pour pr\u00e9venir une attaque soudaine de l\u2019infanterie ennemie. L\u2019appui des l\u00e9gions donne du coeur \u00e0 nos combattants ; les ennemis sont mis en d\u00e9route ; leur nombre les g\u00eane, et comme on a laiss\u00e9 des portes trop \u00e9troites, ils s\u2019y \u00e9crasent. Les Germains les poursuivent vivement jusqu\u2019aux fortifications. Ils en tuent beaucoup ; un assez grand nombre abandonnent leurs chevaux pour tenter de franchir le foss\u00e9 et d\u2019escalader la murailles. C\u00e9sar fait avancer un peu les l\u00e9gions qu\u2019il avait \u00e9tablies en avant du retranchement. Un trouble \u00e9gal \u00e0 celui des fuyards s\u2019empare des Gaulois qui \u00e9taient derri\u00e8re la muraille : ils s\u2019imaginent qu\u2019on marche sur eux de ce pas, et ils crient aux armes ; un certain nombre, pris de panique, se pr\u00e9cipitent dans la ville. Vercing\u00e9torix fait fermer les portes, pour \u00e9viter que le camp ne se vide. Apr\u00e8s avoir tu\u00e9 beaucoup d\u2019ennemis et pris un tr\u00e8s grand nombre de chevaux, les Germains se replient.<\/p>\n\n\n\n<p>71. Vercing\u00e9torix d\u00e9cide de faire partir nuitamment tous ses cavaliers avant que les Romains n\u2019ach\u00e8vent leurs travaux d\u2019investissement. En se s\u00e9parant d\u2019eux, il leur donne mission d\u2019aller chacun dans leur pays et d\u2019y r\u00e9unir pour la guerre tous les hommes en \u00e2ge de porter les armes. Il leur expose ce qu\u2019ils lui doivent, et les conjure de songer \u00e0 son salut, de ne pas le livrer aux tortures de l\u2019ennemi, lui qui a tant fait pour la libert\u00e9 de la patrie. Il leur montre que s\u2019ils ne sont pas assez actifs, quatre-vingt mille hommes d\u2019\u00e9lite p\u00e9riront avec lui. D\u2019apr\u00e8s ses calculs, il a tout juste trente jours de bl\u00e9, mais il est possible, avec un strict rationnement, de subsister un peu plus longtemps encore. Apr\u00e8s leur avoir confi\u00e9 ce message, il fait partir ses cavaliers en silence, pendant la deuxi\u00e8me veille, par le passage qui s\u2019ouvrait encore dans nos lignes. Il r\u00e9quisitionne tout le bl\u00e9 ; il d\u00e9cr\u00e8te la peine de mort contre ceux qui n\u2019ob\u00e9iront pas ; il donne \u00e0 chaque homme sa part du b\u00e9tail, dont les Mandubiens avaient amen\u00e9 une grande quantit\u00e9 ; le bl\u00e9, il le distribue parcimonieusement et peu \u00e0 peu ; il fait rentrer dans la ville toutes les troupes qu\u2019il avait \u00e9tablies sous ses murs. C\u2019est par ces mesures qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 attendre le moment o\u00f9 la Gaule le secourra, et qu\u2019il r\u00e8gle la conduite de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>72. Mis au courant par des d\u00e9serteurs et des prisonniers, C\u00e9sar entreprit les travaux que voici. Il creusa un foss\u00e9 de vingt pieds de large, \u00e0 c\u00f4t\u00e9s verticaux, en sorte que la largeur du fond \u00e9tait \u00e9gale \u00e0 la distance entre les deux bords ; il mit entre ce foss\u00e9 et toutes les autres fortifications une distance de quatre cents pieds ; il voulait ainsi \u00e9viter des surprises, car ayant \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019embrasser un si vaste espace et pouvant difficilement garnir de soldats toute la ligne, il devait craindre soit que pendant la nuit l\u2019ennemi ne se lan\u00e7\u00e2t en masse contre les retranchements, soit que de jour il ne lan\u00e7\u00e2t des traits contre nos troupes, qui avaient \u00e0 travailler aux fortifications. Ayant donc laiss\u00e9 semblable intervalle entre cette ligne et la suivante, il creusa deux foss\u00e9s larges de quinze pieds et chacun de profondeur \u00e9gale ; il remplit le foss\u00e9 int\u00e9rieur, dans les parties qui \u00e9taient en plaine et basses, d\u2019eau qu\u2019il d\u00e9riva de la rivi\u00e8re. Derri\u00e8re ces foss\u00e9s, il construisit un terrassement surmont\u00e9 d\u2019une palissade, dont la hauteur \u00e9tait de douze pieds ; il compl\u00e9ta celle-ci par un parapet et des cr\u00e9neaux, et disposa \u00e0 la jonction de la terrasse et de la paroi de protection de grandes pi\u00e8ces de bois fourchues qui, point\u00e9es vers l\u2019ennemi, devaient lui rendre l\u2019escalade plus malais\u00e9e ; il \u00e9leva sur toute la p\u00e9riph\u00e9rie de l\u2019ouvrage des tours distantes les unes des autres de quatre-vingts pieds.<\/p>\n\n\n\n<p>73. Il fallait en m\u00eame temps aller chercher des mat\u00e9riaux, se procurer du bl\u00e9, et faire des fortifications aussi consid\u00e9rables, alors que nos effectifs \u00e9taient r\u00e9duits par l\u2019absence des troupes qui poussaient leur recherche assez loin du camp ; en outre, \u00e0 plus d\u2019une reprise on vit les Gaulois s\u2019attaquer \u00e0 nos travaux et tenter des sorties tr\u00e8s violentes par plusieurs portes \u00e0 la fois. Aussi C\u00e9sar pensa-t-il qu\u2019il devait encore ajouter \u00e0 ces ouvrages, afin de pouvoir d\u00e9fendre la fortification avec de moindres effectifs. On coupa donc des troncs d\u2019arbres ayant des branches tr\u00e8s fortes et l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de celles-ci fut d\u00e9pouill\u00e9e de son \u00e9corce et taill\u00e9e en pointe ; d\u2019autre part, on creusait des foss\u00e9s continus profonds de cinq pieds. On y enfon\u00e7ait ces pieux, on les reliait entre eux par le bas, pour emp\u00eacher qu\u2019on les p\u00fbt arracher, et on ne laissait d\u00e9passer que le branchage. Il y en avait cinq rang\u00e9es, reli\u00e9es ensemble et entrelac\u00e9es ceux qui s\u2019engageaient dans cette zone s\u2019empalaient \u00e0 la pointe ac\u00e9r\u00e9e des pieux. On les avait surnomm\u00e9s les cippes. Devant eux, on creusait, en rang\u00e9es obliques et formant quinconce, des trous profonds de trois pieds, qui allaient en se r\u00e9tr\u00e9cissant peu \u00e0 peu vers le bas. On y enfon\u00e7ait des pieux lisses de la grosseur de la cuisse, dont l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure avait. \u00e9t\u00e9 taill\u00e9e en pointe et durcie au feu ; on ne les laissait d\u00e9passer le sol que de quatre doigtsi ; en outre, pour en assurer la solidit\u00e9 et la fixit\u00e9, on comblait le fond des trous, sur une hauteur d\u2019un pied, de terre qu\u2019on foulait ; le reste \u00e9tait recouvert de branchages et de broussailles afin de cacher le pi\u00e8ge. On en fit huit rangs, distants les uns des autres, de trois pieds. On les appelait lis, \u00e0 cause de leur ressemblance avec cette fleur. En avant de ces trous, deux pieux longs d\u2019un pied, dans lesquels s\u2019enfon\u00e7ait,un crochet de fer, \u00e9taient enti\u00e8rement enfouis dans le sol ; on en semait partout et \u00e0 intervalles rapproch\u00e9s ; on leur donnait le nom d\u2019aiguillons.<\/p>\n\n\n\n<p>74. Ces travaux achev\u00e9s, C\u00e9sar, en suivant autant que le lui permit le terrain la ligne la plus favorable, fit, sur quatorze milles de tour, une fortification pareille \u00e0 celle-l\u00e0, mais inversement orient\u00e9e, contre les attaques du dehors, afin que m\u00eame des forces tr\u00e8s sup\u00e9rieures ne pussent, s\u2019il lui arrivait d\u2019avoir \u00e0 s\u2019\u00e9loigner, envelopper les postes de d\u00e9fense ou ne le contraignissent \u00e0 s\u2019exposer dangereusement hors de son camp ; il ordonna que chacun se procure du fourrage et du bl\u00e9 pour trente jours.<\/p>\n\n\n\n<p>75. Tandis que devant Al\u00e9sia s\u2019accomplissent ces travaux, les Gaulois, ayant tenu une assembl\u00e9e des chefs, d\u00e9cident qu\u2019il convient non pas d\u2019appeler, comme le voulait Vercing\u00e9torix, tous les hommes en \u00e9tat de porter les armes, mais de demander \u00e0 chaque cit\u00e9 un contingent d\u00e9termin\u00e9, afin d\u2019\u00e9viter que dans la confusion d\u2019une telle multitude il devienne impossible de maintenir la discipline, de distinguer les troupes des divers peuples, de pourvoir au ravitaillement. On demande aux H\u00e9duens et \u00e0 leurs clients, S\u00e9gusiaves, Ambivar\u00e8tes, Aulerques Brannovices, Blannovii, trente-cinq mille hommes ; un chiffre \u00e9gal aux Arvernes, auxquels on joint les Eleut\u00e8tes, les Cadurques, les Gabales, les Vellavii, qui sont, par longue tradition, leurs vassaux ; aux S\u00e9quanes, aux S\u00e9nons, aux Bituriges, aux Santons, aux Rut\u00e8nes, aux Carnutes, douze mille hommes par cit\u00e9 ; aux Bellovaques dix mille ; huit mille aux Pictons, aux Turons, aux Parisii, aux Helv\u00e8tes ; aux Ambiens, aux M\u00e9diomatrices, aux Petrocorii, aux Nerviens, aux Morins, aux Nitiobroges, cinq mille ; autant aux Aulerques C\u00e9nomans ; quatre mille aux Atr\u00e9bates ; trois mille aux V\u00e9liocasses, aux Lexovii, aux Aulerques Eburovices ; mille aux Rauraques, aux Bo\u00efens ; vingt mille \u00e0 l\u2019ensemble des peuples qui bordent l\u2019Oc\u00e9an et qui se donnent le nom d\u2019Armoricains : Coriosolites, Redons, Ambibarii, Cal\u00e8tes, Osismes, L\u00e9movices, Unelles. Les Bellovaques ne fournirent pas leur contingent, parce qu\u2019ils pr\u00e9tendaient faire la guerre aux Romains \u00e0 leur compte et \u00e0 leur guise, et n\u2019ob\u00e9ir aux ordres de personne ; pourtant, \u00e0 la pri\u00e8re de Commios, ils envoy\u00e8rent deux mille hommes en faveur des liens d\u2019hospitalit\u00e9 qui les unissaient \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>76. Ce Commios, comme nous l\u2019avons expos\u00e9 plus haut, avait fid\u00e8lement et utilement servi C\u00e9sar, dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, en <a href=\"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/breton-mythology\/\">Brittany<\/a> ; en r\u00e9compense, celui-ci avait ordonn\u00e9 que sa cit\u00e9 f\u00fbt exempte d\u2019imp\u00f4ts, lui avait restitu\u00e9 ses lois et ses institutions, et avait donn\u00e9 \u00e0 Commios la suzerainet\u00e9 sur les Morins. Pourtant, telle fut l\u2019unanimit\u00e9 de la Gaule enti\u00e8re \u00e0 vouloir reconqu\u00e9rir son ind\u00e9pendance et recouvrer son antique gloire militaire, que la reconnaissance et les souvenirs de l\u2019amiti\u00e9 rest\u00e8rent sans force, et qu\u2019ils furent unanimes \u00e0 se jeter dans la guerre de tout leur coeur et avec toutes leurs ressources. On r\u00e9unit huit mille cavaliers et environ deux cent quarante mille fantassins et on proc\u00e9da sur le territoire des H\u00e9duens au recensement et au d\u00e9nombrement de ces forces, \u00e0 la nomination d\u2019officiers. Le commandement sup\u00e9rieur est confi\u00e9 \u00e0 Commios l\u2019Atr\u00e9bate, aux H\u00e9duens Viridomaros et Epor\u00e9dorix, \u00e0 l\u2019Arverne Vercassivellaunos, cousin de Vercing\u00e9torix. On leur adjoint des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des cit\u00e9s, qui formeront un conseil charg\u00e9 de la conduite de la guerre. Tous partent pour Al\u00e9sia pleins d\u2019enthousiasme et de confiance, car aucun d\u2019entre eux ne pensait qu\u2019il f\u00fbt possible de tenir devant le seul aspect d\u2019une telle multitude, surtout quand il y aurait \u00e0 livrer deux combats \u00e0 la fois, les assi\u00e9g\u00e9s faisant une sortie tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur para\u00eetraient des forces si imposantes de cavalerie et d\u2019infanterie.<\/p>\n\n\n\n<p>77. Cependant les assi\u00e9g\u00e9s, une fois pass\u00e9 le jour pour lequel ils attendaient l\u2019arriv\u00e9e des secours, n\u2019ayant plus de bl\u00e9, ne sachant pas ce qu\u2019on faisait chez les H\u00e9duens, avaient convoqu\u00e9 une assembl\u00e9e et d\u00e9lib\u00e9raient sur la fa\u00e7on dont devait s\u2019achever leur destin. Plusieurs avis furent exprim\u00e9s, les uns voulant qu\u2019on se rend\u00eet, les autres qu\u2019on f\u00eet une sortie tandis qu\u2019on en avait encore la force ; mais je ne crois pas devoir passer sous silence le discours de Critognatos, \u00e0 cause de sa cruaut\u00e9 singuli\u00e8re et sacril\u00e8ges. Ce personnage, issu d\u2019une grande famille arverne et jouissant d\u2019un grand prestige, parla en ces termes : \u00ab Je ne dirai rien de l\u2019opinion de ceux qui parlent de reddition, mot dont ils voilent le plus honteux esclavage ; j\u2019estime que ceux-l\u00e0 ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des citoyens et ne m\u00e9ritent pas de faire partie du conseil. Je ne veux avoir affaire qu\u2019\u00e0 ceux qui sont pour la sortie, dessein dans lequel il vous semble \u00e0 tous reconna\u00eetre le souvenir de l\u2019antique vertu gauloise. Mais non, c\u2019est l\u00e2chet\u00e9, et non pas vertu, que de ne pouvoir supporter quelque temps la disette. Aller au-devant de la mort, c\u2019est d\u2019un courage plus commun que de supporter la souffrance patiemment. Et pourtant, je me rangerais \u00e0 cet avis, &#8211; tant je respecte l\u2019autorit\u00e9 de ceux qui la pr\u00e9conisent &#8211; s\u2019il ne s\u2019agissait d\u2019aventurer que nos existences ; mais en prenant une d\u00e9cision, nous devons tourner nos regards vers la Gaule enti\u00e8re, que nous avons appel\u00e9e \u00e0 notre secours. De quel coeur pensez-vous qu\u2019ils combattront, quand en un m\u00eame lieu auront p\u00e9ri quatre-vingt mille hommes de leurs familles, de leur sang, et qu\u2019ils seront forc\u00e9s de livrer bataille presque sur leurs cadavres ? Ne frustrez pas de votre appui ces hommes qui ont fait le sacrifice de leur vie pour vous sauver, et n\u2019allez pas, par manque de sens et de r\u00e9flexion, ou par d\u00e9faut de courage, courber la Gaule enti\u00e8re sous le joug d\u2019une servitude \u00e9ternelle. Est-ce que vous doutez de leur loyaut\u00e9 et de leur fid\u00e9lit\u00e9, parce qu\u2019ils ne sont pas arriv\u00e9s au jour dit ? Eh quoi ? pensez-vous donc que ce soit pour leur plaisir que les Romains s\u2019exercent chaque jour l\u00e0-bas, dans les retranchements de la zone ext\u00e9rieure ? Si vous ne pouvez, tout acc\u00e8s vers nous leur \u00e9tant ferm\u00e9, apprendre par leurs messagers que l\u2019arriv\u00e9e des n\u00f4tres est proche, ayez-en pour t\u00e9moins les Romains euxm\u00eames : car c\u2019est la terreur de cet \u00e9v\u00e9nement qui les fait travailler nuit et jour \u00e0 leurs fortifications. Qu\u2019est-ce donc que je conseille ? Faire ce que nos anc\u00eatres ont fait dans la guerre qui n\u2019\u00e9tait nullement comparable \u00e0 celle-ci, une guerre des Cimbres et des Teutons oblig\u00e9s de s\u2019enfermer dans leurs villes et press\u00e9s comme nous par la disette, ils ont fait servir \u00e0 la prolongation de leurs existences ceux qui, trop \u00e2g\u00e9s, \u00e9taient des bouches inutiles, et ils ne se sont point rendus. N\u2019y e\u00fbt-il pas ce pr\u00e9c\u00e9dent, je trouverais beau n\u00e9anmoins que pour la libert\u00e9 nous prenions l\u2019initiative d\u2019une telle conduite et en l\u00e9guions l\u2019exemple \u00e0 nos descendants. Car en quoi cette guerre-l\u00e0 ressemblait-elle \u00e0 celle d\u2019aujourd\u2019hui ? Les Cimbres ont ravag\u00e9 la Gaule et y ont d\u00e9cha\u00een\u00e9 un grand fl\u00e9au : du moins un moment est venu o\u00f9 ils ont quitt\u00e9 notre sol pour aller dans d\u2019autres contr\u00e9es ; ils nous ont laiss\u00e9 notre droit, nos lois, nos champs, notre ind\u00e9pendance. Mais les Romains, que cherchent-ils ? Que veulent-ils ? C\u2019est l\u2019envie qui les inspire lorsqu\u2019ils savent qu\u2019une nation est glorieuse et ses armes puissantes, ils r\u00eavent de s\u2019installer dans ses campagnes et au coeur de ses cit\u00e9s, de lui imposer pour toujours le joug de l\u2019esclavage. Jamais ils n\u2019ont fait la guerre autrement. Si vous ignorez ce qui se passe pour les nations lointaines, regardez, tout pr\u00e8s de vous, cette partie de la Gaule qui, r\u00e9duite en province, ayant re\u00e7u des lois, des institutions nouvelles, soumise aux haches des licteurs, ploie sous une servitude \u00e9ternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>78. Apr\u00e8s discussion, on d\u00e9cide que ceux qui, malades ou trop \u00e2g\u00e9s, ne peuvent rendre de services, sortiront de la ville, et qu\u2019on tentera tout avant d\u2019en venir au parti extr\u00eame de Critognatos ; mais on y viendra, s\u2019il le faut, si les secours tardent, plut\u00f4t que de capituler ou de subir les conditions de paix du vainqueur. Les Mandubiens, qui pourtant les avaient accueillis dans leur ville, sont contraints d\u2019en sortir avec leurs enfants et leurs femmes. Arriv\u00e9s aux retranchements romains, ils demandaient, avec des larmes et toutes sortes de supplications, qu\u2019on voul\u00fbt bien les accepter comme esclaves et leur donner quelque nourriture. Mais C\u00e9sar disposa sur le rempart des postes de garde et interdisait de les recevoir.<\/p>\n\n\n\n<p>79. Sur ces entrefaites, Commios et les autres chefs \u00e0 qui on avait donn\u00e9 le haut commandement arrivent devant Al\u00e9sia avec toutes leurs troupes et, ayant occup\u00e9 une colline situ\u00e9e en retrait, s\u2019\u00e9tablissent \u00e0 mille pas \u00e0 peine de nos lignes. Le lendemain, ils font sortir leur cavalerie et couvrent toute la plaine dont nous avons dit qu\u2019elle avait trois milles de long ; leur infanterie, ils la ram\u00e8nent un peu en arri\u00e8re et l\u2019\u00e9tablissent sur les pentes en la d\u00e9robant \u00e0 la vue des Romains. D\u2019Al\u00e9sia, la vue s\u2019\u00e9tendait sur cet espace. Quand on aper\u00e7oit l\u2019arm\u00e9e de secours, on s\u2019assemble, on se congratule, tous les coeurs bondissent d\u2019all\u00e9gresse. Les assi\u00e9g\u00e9s font avancer leurs troupes et les \u00e9tablissent en avant de la ville ; ils jettent des passerelles sur le foss\u00e9 le plus proche ou le comblent de terre, ils s\u2019appr\u00eatent \u00e0 faire une sortie et \u00e0 braver tous les hasards.<\/p>\n\n\n\n<p>80. C\u00e9sar dispose toute son infanterie sur ses deux lignes de retranchement afin que, en cas de besoin, chacun soit \u00e0 son poste et le connaisse ; puis il ordonne que la cavalerie sorte du camp et engage le combat. De tous les camps, qui de toutes parts occupaient les cr\u00eates, la vue plongeait, et tous les soldats, le regard attach\u00e9 sur les combattants, attendaient l\u2019issue de la lutte. Les Gaulois avaient diss\u00e9min\u00e9 dans les rangs de leur cavalerie des archers et des fantassins arm\u00e9s \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, qui devaient se porter au secours des leurs s\u2019ils faiblissaient et briser les charges des n\u00f4tres. Bless\u00e9s par eux \u00e0 l\u2019improviste, beaucoup de nos hommes abandonnaient le combat. Persuad\u00e9s de la sup\u00e9riorit\u00e9 de leurs troupes, et voyant les n\u00f4tres accabl\u00e9s par le nombre, les Gaulois, de toutes parts, ceux qui \u00e9taient enferm\u00e9s dans l\u2019enceinte de nos lignes et ceux qui \u00e9taient venus \u00e0 leur secours, encourageaient leurs fr\u00e8res d\u2019armes par des clameurs et des hurlements. Comme l\u2019action se d\u00e9roulait sous les yeux de tous, et qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas possible qu\u2019un exploit ou une l\u00e2chet\u00e9 restassent ignor\u00e9s, des deux c\u00f4t\u00e9s l\u2019amour de la gloire et la crainte du d\u00e9shonneur excitaient les hommes \u00e0 se montrer braves. Le combat durait depuis midi, on \u00e9tait presque au coucher du soleil, et la victoire restait ind\u00e9cise, quand les Germains, mass\u00e9s sur un seul point, charg\u00e8rent l\u2019ennemi en rangs serr\u00e9s et le refoul\u00e8rent ; les cavaliers mis en fuite, les archers furent envelopp\u00e9s et massacr\u00e9s. De leur c\u00f4t\u00e9 nos cavaliers, s\u2019\u00e9lan\u00e7ant des autres points du champ de bataille, poursuivirent les fuyards jusqu\u2019\u00e0 leur camp et ne leur permirent pas de se ressaisir. Ceux qui d\u2019Al\u00e9sia s\u2019\u00e9taient port\u00e9s en avant, accabl\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9rant presque de la victoire, rentr\u00e8rent dans la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>81. Les Gaulois ne laissent passer qu\u2019un jour, et pendant ce temps fabriquent une grande quantit\u00e9 de passerelles, d\u2019\u00e9chelles et de harpons ; puis, au milieu de la nuit, en silence, ils sortent de leur camp et s\u2019avancent vers nos fortifications de la plaine. Ils poussent une clameur soudaine, pour avertir les assi\u00e9g\u00e9s de leur approche, et ils se mettent en mesure de jeter leurs passerelles, de bousculer, en se servant de la fronde, de l\u2019arc, en lan\u00e7ant des pierres, les d\u00e9fenseurs du retranchement, enfin de d\u00e9ployer tout l\u2019appareil d\u2019un assaut en r\u00e8gle. Au m\u00eame moment, entendant la clameur, Vercing\u00e9torix fait sonner la trompette pour alerter ses troupes et les conduit hors de la ville. Les n\u00f4tres rejoignent au retranchement le poste qui, dans les jours pr\u00e9c\u00e9dents, avait \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9 individuellement \u00e0 chacun : avec des frondes, des casse-t\u00eates, des \u00e9pieux qu\u2019ils avaient dispos\u00e9s sur le retranchement, ils effraient les Gaulois et les repoussent. L\u2019obscurit\u00e9 emp\u00eache qu\u2019on voie devant soi, et les pertes sont lourdes des deux c\u00f4t\u00e9s. L\u2019artillerie lance une gr\u00eale de projectiles. Cependant les l\u00e9gats Marcus Antonius et Ca\u00efus Tr\u00e9bonius, \u00e0 qui incombait la d\u00e9fense de ce secteur, envoyaient sur les points o\u00f9 ils comprenaient que nous faiblissions, des renforts qu\u2019ils empruntaient aux fortins situ\u00e9s en arri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>82. Tant que les Gaulois \u00e9taient \u00e0 une certaine distance du retranchement, la multitude de traits qu\u2019ils lan\u00e7aient leur assurait un avantage ; mais lorsqu\u2019ils furent plus pr\u00e8s, les aiguillons les transper\u00e7aient soudain, ou bien ils tombaient dans des trous et s\u2019y empalaient, ou bien du haut du retranchement et des tours les javelots de si\u00e8ge les frappaient mortellement. Ayant sur tous les points subi des pertes s\u00e9v\u00e8res sans avoir pu percer nulle part, \u00e0 l\u2019approche du jour, craignant d\u2019\u00eatre tourn\u00e9s par leur flanc droit si on faisait une sortie du camp qui dominait la plaine, ils se retir\u00e8rent sur leurs positions. Quant aux assi\u00e9g\u00e9s, occup\u00e9s \u00e0 faire avancer les engins que Vercing\u00e9torix avait pr\u00e9par\u00e9s en vue de la sortie, \u00e0 combler les premiers foss\u00e9s, ils s\u2019attard\u00e8rent plus qu\u2019il n\u2019e\u00fbt fallu \u00e0 ces manoeuvres, et ils apprirent la retraite des troupes de secours avant d\u2019\u00eatre parvenus au retranchement. Ayant ainsi \u00e9chou\u00e9 dans leur tentative, ils regagn\u00e8rent la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>83. Repouss\u00e9s par deux fois avec de grandes pertes, les Gaulois d\u00e9lib\u00e8rent sur la conduite \u00e0 tenir : ils consultent des hommes \u00e0 qui les lieux sont familiers : ceux-ci les renseignent sur les emplacements des camps dominant la plaine et sur l\u2019organisation de leur d\u00e9fense. Il y avait au nord une montagne qu\u2019en raison de sa vaste superficie nous n\u2019avions pu comprendre dans nos lignes, et on avait \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de construire le camp sur un terrain peu favorable et l\u00e9g\u00e8rement en pente. Il \u00e9tait occup\u00e9 par les l\u00e9gats La\u00efus Antistius R\u00e9ginus et La\u00efus Caninius R\u00e9bilus, \u00e0 la t\u00eate de deux l\u00e9gions. Apr\u00e8s avoir fait reconna\u00eetre les lieux par leurs \u00e9claireurs, les chefs ennemis choisissent soixante mille hommes sur l\u2019effectif total des cit\u00e9s qui avaient la plus grande r\u00e9putation guerri\u00e8re ; ils d\u00e9terminent secr\u00e8tement entre eux l\u2019objet et le plan de leur action ; ils fixent l\u2019heure de l\u2019attaque au moment o\u00f9 l\u2019on verra qu\u2019il est midi. Ils donnent le commandement de ces troupes \u00e0 l\u2019Arverne Vercassivellaunos, l\u2019un des quatre chefs, parent de Vercing\u00e9torix. Il sortit du c\u00e1mp \u00e0 la premi\u00e8re veille ; ayant \u00e0 peu pr\u00e8s termin\u00e9 son mouvement au lever du jour, il se dissimula derri\u00e8re la montagne et fit reposer ses soldats des fatigues de la nuits. Quand il vit qu\u2019il allait \u00eatre midi, il se dirigea vers le camp dont il a \u00e9t\u00e9 question ; en m\u00eame temps, la cavalerie s\u2019approchait des fortifications de la plaine et le reste des troupes se d\u00e9ployait en avant du camp gaulois.<\/p>\n\n\n\n<p>84. Vercing\u00e9torix, apercevant les siens du haut de la citadelle d\u2019Al\u00e9sia, sort de la place ; il fait porter en avant les fascines, les perches, les toits de protection, les faux, et tout ce qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9 en vue d\u2019une sortie. On se bat partout \u00e0 la fois, on s\u2019attaque \u00e0 tous les ouvrages ; un point para\u00eet-il faible, on s\u2019y porte en masse. Les Romains, en raison de l\u2019\u00e9tendue des lignes, sont partout occup\u00e9s, et il ne leur est pas facile de faire face \u00e0 plusieurs attaques simultan\u00e9es. Ce qui contribue beaucoup \u00e0 effrayer nos soldats, ce sont les cris qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent derri\u00e8re eux, parce qu\u2019ils voient que leur sort d\u00e9pend du salut d\u2019autrui le danger qu\u2019on n\u2019a pas devant les yeux est, en g\u00e9n\u00e9ral, celui qui trouble le plus.<\/p>\n\n\n\n<p>85. C\u00e9sar, qui a choisi un bon observatoire suit l\u2019action dans toutes ses parties ; il envoie du renfort sur les points menac\u00e9s. Des deux c\u00f4t\u00e9s r\u00e8gne l\u2019id\u00e9e que cette heure est unique, que c\u2019est celle de l\u2019effort supr\u00eame : les Gaulois se sentent perdus s\u2019ils n\u2019arrivent pas \u00e0 percer ; les Romains pensent que s\u2019ils l\u2019emportent, c\u2019est la fin de toutes leurs mis\u00e8res. Le danger est surtout grand aux fortifications de la montagne o\u00f9 nous avons dit qu\u2019on avait envoy\u00e9 Vercassivellaunos. La pente d\u00e9favorable du terrain joue un grand r\u00f4le. Les uns jettent des traits, les autres s\u2019approchent en formant la tortue ; des troupes fra\u00eeches remplacent sans cesse les troupes fatigu\u00e9es. La terre que tous les assaillants jettent dans nos ouvrages leur permet l\u2019escalade et recouvre les obstacles que nous avions dissimul\u00e9s dans le sol ; d\u00e9j\u00e0 les n\u00f4tres n\u2019ont plus d\u2019armes, et leurs forces les abandonnent.<\/p>\n\n\n\n<p>86. Quand il apprend cela, C\u00e9sar envoie Labi\u00e9nus avec six cohortes au secours de ceux qui sont en p\u00e9ril ; il lui donne l\u2019ordre, s\u2019il ne peut tenir, de ramener des cohortes et de faire une contre-attaque, mais seulement \u00e0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9. Il se rend lui-m\u00eame aupr\u00e8s des autres combattants, les exhorte \u00e0 ne pas c\u00e9der \u00e0 la fatigue ; il leur montre que de ce jour, de cette heure d\u00e9pend le fruit de tous les combats pr\u00e9c\u00e9dents. Les assi\u00e9g\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9rant de venir \u00e0 bout des fortifications de la plaine, car elles \u00e9taient formidables, tentent l\u2019escalade des hauteurs ; ils y portent toutes les machines qu\u2019ils avaient pr\u00e9par\u00e9es. Ils chassent les d\u00e9fenseurs des tours sous une gr\u00eale de traits, comblent les foss\u00e9s avec de la terre et des fascines, font \u00e0 l\u2019aide de faux une br\u00e8che dans la palissade et le parapet.<\/p>\n\n\n\n<p>87. C\u00e9sar envoie d\u2019abord le jeune Brutus avec des cohortes, puis son l\u00e9gat Ca\u00efus Fabius avec d\u2019autres ; \u00e0 la fin, la lutte devenant plus vive, il am\u00e8ne lui-m\u00eame des troupes fra\u00eeches. Ayant r\u00e9tabli le combat et refoul\u00e9 l\u2019ennemi, il se dirige vers l\u2019endroit o\u00f9 il avait envoy\u00e9 Labi\u00e9nus ; il prend quatre cohortes au fort le plus voisin, et ordonne qu\u2019une partie de la cavalerie le suive, que l\u2019autre contourne les retranchements ext\u00e9rieurs et attaque l\u2019ennemi \u00e0 revers. Labi\u00e9nus, voyant que ni terrassements ni foss\u00e9s ne pouvaient arr\u00eater l\u2019\u00e9lan de l\u2019ennemi, rassemble trente-neuf cohortes, qu\u2019il eut la chance de pouvoir tirer des postes voisins, et informe C\u00e9sar de ce qu\u2019il croit devoir faire.<\/p>\n\n\n\n<p>88. C\u00e9sar se h\u00e2te pour prendre part au combat. Reconnaissant son approche \u00e0 la couleur de son v\u00eatement &#8211; le manteau de g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019il avait l\u2019habitude de porter dans l\u2019action &#8211; et apercevant les escadrons et les cohortes dont il s\u2019\u00e9tait fait suivre &#8211; car des hauteurs que les Gaulois occupaient on voyait les pentes que descendait C\u00e9sar -, les ennemis engagent le combat. Une clameur s\u2019\u00e9l\u00e8ve des deux c\u00f4t\u00e9s, et aussit\u00f4t y r\u00e9pond de la palissade et de tous les retranchements une clameur. Les n\u00f4tres, renon\u00e7ant au javelot, combattent avec l\u2019\u00e9p\u00e9e. Soudain les ennemis aper\u00e7oivent la cavalerie derri\u00e8re eux. De nouvelles cohortes approchaient ils prirent la fuite. Nos cavaliers leur coupent la retraite. Le carnage est grand. S\u00e9dullus, chef militaire des L\u00e9movices et leur premier citoyen, est tu\u00e9 ; l\u2019Arverne Vercassivellaunos est pris vivant tandis qu\u2019il s\u2019enfuit ; on apporte \u00e0 C\u00e9sar soixante-quatorze enseignes ; bien peu, d\u2019une arm\u00e9e si nombreuse, rentrent au camp sans blessure. Apercevant de la ville le massacre et la fuite de leurs compatriotes, les assi\u00e9g\u00e9s, d\u00e9sesp\u00e9rant d\u2019\u00eatre d\u00e9livr\u00e9s, ram\u00e8nent leurs troupes du retranchement qu\u2019elles attaquaient. A peine entendent-elles le signal de la retraite, les troupes de secours sortent de leur camp et s\u2019enfuient. Si nos soldats n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 harass\u00e9s pour \u00eatre maintes fois intervenus en renfort et avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la peine toute la journ\u00e9e, on aurait pu d\u00e9truire enti\u00e8rement l\u2019arm\u00e9e ennemie. La cavalerie, lanc\u00e9e \u00e0 sa poursuite, atteint l\u2019arri\u00e8re-garde peu de temps apr\u00e8s minuit ; beaucoup sont pris ou massacr\u00e9s ; les autres, ayant r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9chapper, se dispersent dans leurs cit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>89. Le lendemain, Vercing\u00e9torix convoque l\u2019assembl\u00e9e il d\u00e9clare que cette guerre n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 entreprise par lui \u00e0 des fins personnelles, mais pour conqu\u00e9rir la libert\u00e9 de tous ; puisqu\u2019il faut c\u00e9der \u00e0 la fortune, il s\u2019offre \u00e0 eux, ils peuvent, \u00e0 leur choix, apaiser les Romains par sa mort ou le livrer vivant. On envoie \u00e0 ce sujet une d\u00e9putation \u00e0 C\u00e9sar. Il ordonne qu\u2019on lui remette les armes, qu\u2019on lui am\u00e8ne les chefs des cit\u00e9s. Il installa son si\u00e8ge au retranchement, devant son camp c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on lui am\u00e8ne les chefs ; on lui livre Vercing\u00e9torix, on jette les armes \u00e0 ses pieds. Il met \u00e0 part les prisonniers h\u00e9duens et arvernes, pensant essayer de se servir d\u2019eux pour regagner ces peuples, et il distribue les autres \u00e0 l\u2019arm\u00e9e enti\u00e8re, \u00e0 titre de butin, \u00e0 raison d\u2019un par t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>90. Tout cela r\u00e9gl\u00e9, il part chez les H\u00e9duens : la cit\u00e9 fait sa soumission. Des ambassadeurs arvernes viennent l\u2019y trouver, se d\u00e9clarant pr\u00eats \u00e0 ex\u00e9cuter ses ordres. Il exige un grand nombre d\u2019otages. Il envoie les l\u00e9gions prendre leurs quartiers d\u2019hiver. Il rend aux H\u00e9duens et aux Arvernes environ vingt mille prisonniers. Titus Labi\u00e9nus, avec deux l\u00e9gions et la cavalerie, re\u00e7oit l\u2019ordre de partir chez les S\u00e9quanes ; il lui adjoint Marcus Sempronius Rutilus. Il place La\u00efus Fabius et Lucius Minucius Basilus avec deux l\u00e9gions chez les R\u00e8mes, pour que ceux-ci n\u2019aient rien \u00e0 souffrir de leurs voisins les Bellovaques. La\u00efus Antistius R\u00e9ginus est envoy\u00e9 chez les Ambivar\u00e8tes, Titus Sextius chez les Bituriges, La\u00efus Caninius R\u00e9bilus chez les Rut\u00e8nes, chacun avec une l\u00e9gion. Quintus Tullius Cic\u00e9ron et Publius Sulpicius sont cantonn\u00e9s \u00e0 Chalon et \u00e0 M\u00e2con, chez les H\u00e9duens, sur la Sa\u00f4ne, pour veiller au ravitaillement. Quant \u00e0 lui, il d\u00e9cide de prendre ses quartiers d\u2019hiver \u00e0 Bibracte. Lorsque ces \u00e9v\u00e9nements sont connus \u00e0 Rome par une lettre de C\u00e9sar, on c\u00e9l\u00e8bre des supplications de vingt jours.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LIVRE SEPTI\u00c8ME52 av. J.-C. 1. Voyant la Gaule tranquille, C\u00e9sar, ainsi qu\u2019il l\u2019avait d\u00e9cid\u00e9, part pour l\u2019Italie afin d\u2019y tenir &hellip; <\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":367,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-392","page","type-page","status-publish","hentry"],"amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=392"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/392\/revisions"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/367"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/mythslegendes.com\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}