La Prophétie de Gwenc’Hlan

La Prophétie de Gwenc'Hlan gwenc'hlan

Gwenc’hlañ est un barde légendaire breton du VIième siècle. Gwenc’hlañ serait le sujet et l’auteur d’une gwerz appelée Diougan Gwenc’hlan (La prophétie de Gwenc’hlan). Dans ce texte, le barde est emprisonné et a les yeux crevés pour avoir refusé de se convertir au christianisme. Il chante alors qu’il n’a pas peur de mourir et élabore une prophétie où il sera vengé.

Gwenc'hlan

Le Chant de Gwenc’hlan

I

1. Le soleil sombre en l’océan,
Sur mon seuil, on entend mon chant. 

2. J’étais jeune et chantais alors;
Je suis vieux, mais je chante encor.

3. Chantant le jour, chantant la nuit,
Je chante et mon cœur est meurtri.

4. Tête baissée, plein d’affliction:
Mon chagrin n’est pas sans raison. 

5. Ce n’est certes pas que j’aie peur;
Et j’attends la mort sans frayeur.

6. Je n’ai pas peur assurément;
J’ai vécu bien assez longtemps.

7. Tu cherches et ne me trouves pas;
Sans chercher, tu me trouveras.

8. Qu’importe ce qu’il m’adviendra,
Car ce qui doit être sera.

9. Mourir trois fois c’est notre lot
Avant notre éternel repos.

II

10. Hors du bois le vieux sanglier
Sort en boitant, le pied blessé.

11. De sa gueule ouverte le sang
S’écoule et son crin est tout blanc.

12. Autour de lui ses marcassins
Grognent, car ils ont tous grand faim.

13. Le cheval de mer que je vois,
Le rivage en tremble d’effroi.

14. Comme neige blanche brillant,
Il porte au front cornes d’argent.

15. On voit sous lui bouillonner l’eau
Au feu tonnant de ses naseaux.

16. D’autres chevaux il vient autant
Qu’il y a d’herbe au bord d’un étang.

17. – Cheval de mer, frappe-le donc
A la tête! Frappe et tiens bon!

18. Les pieds nus glissent dans le sang.
Frappe fort, frappe constamment!

19. Le sang monte comme un ruisseau!
Frappe donc encore, il le faut!

20. Le sang monte jusqu’au genou!
Comme un lac il s’étend partout!

21. Frappe plus fort! Et frappe bien!
Tu te reposeras demain.

22. Frappe-le, cheval des tempêtes,
Frappe-le fort! Frappe à la tête! –

III

23. Dans ma tombe froide endormi,
J’entendis l’aigle dans la nuit

24. Lancer aux aiglons son appel
Et à tous les oiseaux du ciel.

25. Il disait dans son âpre chant:
– Prenez votre envol, vivement!

26. Chairs pourries de brebis, de chien
Ne valent la chair d’un Chrétien! –

27. – Vieux corbeau de mer, O, dis-moi,
Dans tes griffes, que tiens-tu là?

28. La tête du Chef exécré
A laquelle il faut arracher

29. Ses deux yeux rouges, car jadis
A toi-même c’est ce qu’il fit.

30. – Et toi renard, viens et dis-moi:
Dans ta gueule que tiens-tu là?

31. – C’est son cœur sournois que je tiens;
Un cœur aussi faux que le mien.

32. Il avait médité ta mort
Et t’infligea ton triste sort.

33. – Dis-moi, crapaud, pourquoi tu couches,
Embusqué tout près de sa bouche?

34. – Il faut que je demeure ici
Pour happer au vol son esprit.

35. Rester en moi ma vie durant,
Ce sera là le châtiment

36. De son crime envers le poète 
D’entre Port Blanc et Roche Verte . -«