Les Milesiens

Voici la partie dite des Milesiens du Livre des Invasions.

Milesiens

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Les Milesiens

§65. La prise des Gaedil et leur installation, ci dessous. Quant aux Gaedil, nous avons donné leurs aventures depuis Iafeth f. Noe, et depuis la Tour de Nemrod, jusqu’à ce que nous les eussions laissés à la Tour de Breogan en Espagne; et comment ils vinrent d’Egypte, et hors de Scythie jusqu’aux Marais Maeotiques, et le long de la Mer Tyrrhénienne jusqu’à la Crète et jusqu’à la Sicile; et nous avons aussi relaté comment ils prirent l’Espagne de force. Nous allons à présent narrer simplement ci-dessous, comment ils vinrent en Irlande.

§66. Íth f. Breogan, ce fut lui qui vit l’Irlande le premier, un soir d’hiver, depuis le haut de la Tour de Breogan; car ainsi la vision d’un homme est-elle la meilleure, un clair soir d’hiver. Íth, avec deux fois trente guerriers, vint en Irlande, et ils débarquèrent sur le “Rivage Fétide” du cap de Corcu Duibne, quant il fut temps d’arriver.

Si nous suivons les autorités de Munster, voici leur route. Íth vint par la suite à Corcu Duibne, à Ciarraige Luachra, à Luachair Dedad, par la plaine de Cliu, à Eile, à Tir Cell, le long de Mide, dans le territoire de Luigne, au-delà de Sliab Guaire, le long des bois de Fernmag, par Fossad Cláir de Fernmag, au-delà de Shah Betheeh, à Shah Toad, à travers le marécage de Tir Sirláim, dans le territoire de Modorn, à Mag Ítha, au-delà de la pointe de Loch Febail, dans les terres de Net, à Ailech de Net. Mais d’après ceux du Nord, il navigua, comme nous l’avons dit, jusqu’à l’Irlande, et accosta sur le “Rivage Fétide” de Mag Itha, sur le flanc nord de l’Irlande.

§67. Les gens vinrent converser avec lui sur ce rivage, et chacun donna ses nouvelles mutuellement, dans la langue Scotique; c’était adéquat, vu que de chaque côté ils étaient de la progéniture de Rifath Scot. Íth leur demanda quel était le nom de cette île. Inis Elga, dirent-ils; Mac Cuill, Mac Cécht, et Mac Gréine sont ses trois rois.

Qui est son roi? dit Íth. Ils répondirent; Mac Cuill, Mac Cécht, et Mac Gréine sont les noms des trois rois qui la dirigent. [Or d’autres disent que ce sont des bergers qui le rencontrèrent en premier, et lui donnèrent des nouvelles.] Íth demanda, Où sont ces rois! Ils dirent que Cathair Crofind était le lieu où ils se trouvaient. Toutefois, ce n’est pas là qu’ils se trouvaient – à ce moment, mais…

§68. Il y avait en fait une convention des hommes d’Irlande à Ailech de Net, après la mort de Net f. Innui d’Ailech par les Fomoire. Les trois rois partageaient le bétail et les trésors du roi d’Ailech à ce moment. Íth f. Breogan vint de Corco Duibne, à Ciarraige, et à Luacliair Dedad, dans les basses terres de Clíu, puis vers le nord dans les Éiles, dans les terres de Fir Cell, le long de Mide, dans le territoire de Luigne, par-dessus Sliabh Guaire, par les bois de Fernmag, à Fossad Cláir: de Fernmag, par la pointe de Sliabh Bethech, à Sliabh Tóád, dans le marécage de Tír Sírláim, dans le territoire de Modorn, à Mag nÍtha, jusqu’à Ailech Néit. Les trois rois, Mac Cuill, Mac Cécht, Mac Gréine, y étaient, et ils l’accueillirent, et lui dirent l’affaire qui les occupait.

§69. Íth surpassa les juges de l’Irlande en ruse et en argument; et il donna conseil pour chaque affaire et chaque différend qui était exposé à eux. Puis Íth dit: Usez simplement de droiture, car bonne est l’Irlande où vous résidez; abondants ses fruits, son miel, son blé et ses poissons; modérés sa chaleur et son froid. Il s’y trouve tout ce qu’il vous faut. Par la suite il leur dit adieu, et partit vers son navire.

§70. La première nuit après que Íth fût allé en Irlande après son arrivée à Loch Sailech, des démons tuèrent un de ses suivants. Il est le premier qui fut tué en Irlande, de la descendance des Fils de Míl. Chaque port où Íth vint en Irlande, après qu’il eût accosté chaque territoire où ce fut, Mag Ítha est son nom; Mag Ítha à Loch Febail, Les Terres de Íth à Loch Sailech, Mag Ítha dans les Déssi, Mag Ítha à Luimnech.

§71. C’est alors qu’un complot fut tramé par eux pour tuer Íth, et ils lui commandèrent de quitter l’Irlande; et il s’éloigna d’eux, depuis Ailech Mag Ítha. Il y eut une poursuite après lui jusque là, et il tomba par leurs mains à Mag Ítha; ainsi Mag Ítha fut nommée. Ainsi ce fut pour venger Íth que les Fils de Mil vinrent – car son corps fut transporté en Espagne.

§72. Or, voici ce que les érudits relatent; que forts de trente-six chefs et nobles les Gáedil vinrent. Chacun avait un navire, ce qui fait trente-six navires. Et vingt-quatre serviteurs avaient-ils, chacun de ceux qui avaient un navire; et vingt-quatre serviteurs pour chaque serviteur de chaque navire, encore.

Ceux-ci sont les trente-six chefs qui vinrent en Irlande ainsi que Fintan f. Bochra le nota (qui était né sept ans avant le Déluge; jusqu’à sept ans du règne de Diarmait mac Cerbaill, telle fut sa vie) sous le service de Finnian de Mag Bile, et de Colum Cille, et que Túan mac Cairill le nota en présence des Irlandais, et de Finnian de Mag Bile, et comme ses disciples le racontèrent, à savoir Ladcend f. Bairche, et Colmán f. Comgellán, et Cenn Fáelad f. Ailill, et Senchan f. Colmán, Cú Alad des Cruachans, et Bran de Boirenn, etc. Ceux-ci sont les disciples de Finnian et de Túán.

Et ce qu’ils dirent fut, que ceux-ci sont les trente-six chefs qui entrèrent en Irlande comme les Gaedil, soit les dix fils de Bregon (Íth étant l’un d’entre eux) – Brego, Bile, Blad, Cualu, Cuailnge, Fúat, Muirthemne, Eibleo, Íth, Nár: le fils unique de Bile, Míl d’Espagne (Galam était son véritable nom): les sept fils de Míl, Donn, Colptha, Amorgen, Éber, Ír, Érimón, Érech Febria et Érennán, le cadet de la famille. Les trois fils d’Érimón; Muimne, Luigne, Laigne; aussi Palap et Írial Fáid (mais en Irlande même Írial naquit-il) le fils d’Érimón.
Et il se nomme Nuadu Airgetlám. Nuadu Airgetlám avait deux fils, Glas de qui Síl nArgetrois, et Fir Nuadat; et ils prirent la principauté de l’Irlande; car Nuadu n’était pas en contrat avec eux, car il était jeune, et il n’y eut pas de division entre eux, grâce à sa piété pour ses frères; mais il nourrissait et vêtait chaque enfant né de lui, et il supprimait les enfants de l’une et il exagérait ceux de l’autre pour leur piété; car ce que disent les érudits est, que chaque famille princière qui est en Irlande, sauf les Eoganacht, est de la descendance de Nuadu Airgetlám.

Une autre famille est reconnue pour être née d’Érimón en Irlande, ce sont Alan, Eidenn, Aine, Caithiar, Caitheair, Cerna. Les quatre fils d’Éber Finn, Ér, Orba, Ferón, Fergna.

Et les érudits pensent qu’il eut des enfants en Irlande, à savoir Conmáel f. Éber, qui prit le trône de l’Irlande et d’Alba, et Caur, Corand, Edar, Airb, Airbe. Les dix champions de plus, Caicher, Fulmán, Mantán, Sétga, Suirge, Sob­airche, Én f. Oice, Ún f. Uice, Étán, Goisten.
Ou étaient-ce les trois fils de Nár f. Breogan, et Gosten était le frère de Setga.

Tels sont les noms des dix champions; Bres, Búas, Buaigne, les trois fils de Tigernbard f. Brigi f. Breogan. Ou peut-être Brigi f. Brig eut un fils Bile.

Et y vint aussi Lugaid f. Ith, le dur, valeureux et puissant guerrier, pour venger son père. De sorte que telle est la compagnie de chefs qui vinrent en Irlande avec les Fils de Míl, les dix fils de Breogan, et les huit fils de Míl, les cinq fils d’Érimón, et les quatre fils d’Éber Finn, et les dix champions. Et y vinrent Gosten et Sétga et Íth f. Breogan. Et les érudits disent que Míl ne vint pas en Irlande; et d’autres disent que les trois rois moururent de la peste avant de venir en Irlande, ce sont Míl f. Bile, et Oige et Uige, les deux fils d’Allod f. Noenel.

Les vingt-quatre serviteurs comme suit; Aidne, Al, Assal, Mede, Morba, Mide, Cuib, Clíu, Cera, Saer, Slán, Life, Line, Ligen, Traig, Dul, Adal, Aire, Dése, Dela, Fea, Femen, Fera.
De plus Lugaid f. Íth vint aussi, le dur et valeureux guerrier avec la force d’une centaine, pour venger son père avec eux tous.

Tels sont les noms des principaux serviteurs, tels sont les noms des serviteurs subordonnés ci-dessous, qui ne sont pas très importants dans les livres: Medar, Ladar, Medon, Pida, Cath, Ruis, Cailna, Mad, Dena, Caeha, Bonn, Finnu, Cer, Coirche, Meadba, Ailim, Bir, Baschon, Forena, Lugba, Sega, Seilgenn, Seg, Mar, Aig. On dit qu’Éber avait des fils en plus de ceux-ci, Caur, Capa, Corunn, Edor, Arb, Airrbe,. Éremón avait six autres fils, Edenn, Alan, Ailie, Caichear, et Caieher Cernda; et cette famille n’est pas habituellement mise en évidence.

§73. Un des huit Fils de Míl, Érannán, le cadet de la famille, ce fut lui qui monta au mât pour espionner l’Irlande, et tomba du mât dans la mer sur le rocher. Et sa tombe est à Inber Scéne, et la tombe de Scéne femme d’Amorgen de l’autre côté. Elle mourut sur la mer à l’estuaire, et Amorgen dit: Le port où nous accosterons, portera le nom de Scéne. Les fils de Míl firent un concours d’aviron comme ils arrivaient en Irlande depuis l’endroit où ils virent l’Irlande au loin; et Ír fils de Míl avança d’une longueur d’un murchrech [peut-être le mythique « neuf vagues »] au-delà de tout navire. Éber Donn, l’aîné de la famille, fut envieux, et il dit:

Ce n’est pas heureux
Qu’Ír saute avant Íth,

[c’est-à-dire, avant Lugaid fils d’Íth]. Alors la rame qui était dans la main d’Ír se brisa, et il tomba en arrière, et mourut la nuit suivante; et son corps fut porté à Sceilic, derrière le promontoire au sud de Corco Duibne.

Chaque fois que les Fils de Míl approchaient de l’Irlande, les démons conspiraient pour que le port fût, en quelque sorte, un dos de porc; c’est pourquoi l’Irlande est appelée “Ile des Porcs”. Ils firent le tour de l’Irlande trois fois, et abordèrent enfin à Inber Scéne.

Peinés étaient Éber Finn et Érimón et Amorgen après la mort de leur frère; et ils dirent: ce serait juste qu’Éber Donn n’eût point sa part de la terre, puisqu’il fut jaloux de son frère Ir. Au matin Scéne et Érannán furent enterrés à Inber Scéne. Tous les deux furent enterrés; leurs tumuli et leurs tombes sont toujours là, côte à côte. Alors Amorgen dit,

Bien que ce soit la tombe de Scene – elle l’était [jusqu’alors] –
(mais le nom de Scene y restera)
Ce sera la tombe d’Erannán, jusqu’à sa venue,
De Dieu vint la mort de ce poète.

§74. Comme il posait son pied droit sur la terre d’Irlande, Amorgen Glúingel f. Míl dit ce poème –

Je suis Vent sur Mer,
Je suis Vague d’Océan,
Je suis Rugissement de Mer,
Je suis Taureau aux Sept Combats,
Je suis Vautour sur Falaise,
Je suis Goutte de Rosée,
Je suis Plus belle des Fleurs,
Je suis Sanglier d’Audace,
Je suis Saumon dans Lac,
Je suis Lac sur Plaine,
Je suis une Montagne dans un Homme,
Je suis un Mot Habile,
Je suis la Pointe d’une Arme (qui se lance au combat),
Je suis Dieu qui façonna Feu pour une Tête.
Qui aplanit la rudesse d’une montagne?
Qui est Celui qui annonça les âges de la Lune?
Et qui, le lieu où tombe le couchant?
Qui appela le bétail de la Maison de Tethys?
Sur qui sourit le bétail de Tethys ?
Qui est la troupe, qui le dieu qui façonna les bords
D’une forteresse de gangrène?
Enchantements sur une lance? Enchantements de Vent?

Amorgen dit aussi:

Une mer poissonneuse!
Une terre fructueuse!
Un jaillissement de poisson
Poisson sous vague,
En torrents comme ceux
D’une mer agitée!
Des oiseaux,
Une grêle blanche
Avec des centaines de saumons,
De larges baleines!
Un chant portuaire –
Un jaillissement de poisson,
Une mer poissonneuse!

Au terme de trois jours et trois nuits par la suite les Fils de Míl livrèrent la bataille de Sliab Mis contre les démons et les Fomoraig, c’est-à-dire, contre les Túatha Dé Danann. C’est là que Fás (ainsi le lit-on) tomba, la femme d’Ún f. Uicce, éponyme de “la tombe de Fás”, entre Sliab Mis et la mer.

Scota fille de Pharaon roi d’Egypte, mourut aussi dans cette bataille – l’épouse d’Érimón f. Míl. Car Míl f. Bile voyagea en Egypte, fort des compagnies de quatre navires, et il prit Scota pour épouse, et Érimón la prit avec lui. Durant cette nuit où les Fils de Míl vinrent en Irlande, eut lieu le jaillissement de Loch Luigdech à Iar-Mumu.

« Shah Mis » – qui signifie la pire montagne qu’ils trouvèrent après être arrivés en Irlande, car là menèrent-ils leur première bataille en Irlande.

§75. Lugaid f. Íth se baignait dans le Loch Luigdech; Fial, épouse de Lugaid, se baignait dans la rivière qui s’écoule du lac. Son époux alla nu vers elle, et elle vit la nudité de son époux, et mourut de honte. Ainsi furent nommés Loch Luigdech, et Fial, et Inber Féile.

§76. Les Fils de Míl combattirent à la bataille de Life; il y avait des monstres en forme de géants que les Túatha Dé Danann avaient invoqués par druiderie. Les Sons of Míl (Éber, Érimón et Ír), combattirent vaillamment. Le cheval d’Érimón y tomba, ainsi fut nommé Gabar Life. Ils avancèrent par la suite jusqu’à la montagne au-dessus de Loch Dergderc.

§77. Les Fils de Míl consultèrent Banba à Sliab Mis. Banba leur dit: Si c’est pour prendre l’Irlande que vous êtes venus, mauvaise est la fortune qui vous a menés. C’est par nécessité, dit Amorgen Glúingel, le poète. Un présent de vous à moi alors, dit-elle. Quel présent? dirent-ils. Que mon nom soit sur cette île, dit-elle. Quel est ton nom? dirent-ils. Banba, dit-elle. Que cela soit un nom pour cette île, dit Amorgen.

Le Livre de Druim Snechta dit qu’Amorgen s’enquit de sa race. De la descendance d’Adam je suis, dit-elle. Quelle race des fils de Noé est la tienne! dit-il. Je suis plus vieille que Noé, dit-elle; sur le pic d’une montagne j’étais pendant le Déluge; jusqu’à ce présent mont les vagues du Déluge arrivèrent. C’est pourquoi il est nommé Tul Tuinne? [mais l’extrait ci-dessus est surprenant.] Par la suite ils chantent des sortilèges contre elle, et l’éloignent d’eux.

§78. Ils consultèrent Fotla à Eblinne. Elle leur parla de même façon, et désira que son nom fût donné à l’île. Amorgen dit: Que Fotla soit un nom pour cette île.

§79. Ils consultèrent Ériu à Uisnech. Elle leur dit: Guerriers, dit-elle, bienvenue à vous. Longtemps les devins ont eu connaissance de votre venue. Vôtre sera cette île pour toujours; et jusqu’à l’est du monde il n’y aura pas de meilleure île. De race il n’y aura pas, plus nombreuse que la vôtre. Cela est bien, dit Amorgen; bonne est la prophétie. C’est mal de la remercier, dit Éber Donn, l’aîné des Fils de Míl; Remercie nos dieux et notre puissance. A toi c’est égal, dit Ériu; tu n’auras pas de profit sur cette île, ni ta progéniture. Un présent pour moi, de vous fils de Míl, et de vous fils de Breogan, dit-elle; que mon nom soit sur cette île. Il sera son nom principal, dit Amorgen.

Le Livre de Druim Snechta dit que ce fut à Sliab Mis qu’Ériu tint colloque avec eux, et qu’elle forma de grandes armées pour s’opposer à eux, de sorte qu’ils combattirent avec eux. Mais leurs druides et poètes leur chantèrent des sortilèges, et ils virent que ce n’étaient que des mottes de tourbe de la montagne. (De là vient le nom Sliab Misse.) Et que ce fut Fotla qui tint colloque avec eux à Uisnech.

§80. Les fils de Míl et de Bregon continuèrent, jusqu’à ce qu’ils fussent à Druim Chain, c’est-à-dire, Temair. Les trois rois d’Irlande, Mac Cuill, Mac Cécht, et Mac Gréine, y étaient. Ils prononcèrent jugement contre les Fils de Míl, qu’ils auraient l’île au terme de trois jours, sans assaut, sans assemblée de bataille, ou de prise d’otages; car ils étaient assurés qu’ils ne reviendraient pas, parce que les druides feraient des sortilèges derrière eux, afin qu’ils ne fussent pas capables de revenir. Nous l’adjugerons, dit Mac Cuill f. Cermat, comme Amorgen votre propre juge vous le prononcera; car s’il devait donner un faux jugement, il serait tué par nos mains. Donne le jugement, Amorgen, dit Eber Donn. Je le prononce; dit Amorgen. Que l’île leur soit laissée. Jusqu’où devons-nous aller, dit Éber. Juste après neuf vagues, dit Amorgen. C’est le premier jugement donné en Irlande. Amorgen dit,

Hommes, cherchant une possession!
Au-delà de neuf grandes vagues au flanc vert,
Vous n’irez pas, sauf avec les dieux puissants!
Que ce soit fait promptement! Que bataille soit permise!

J’ajuste la possession de la terre où vous vîntes;
S’il vous agrée, adjugez le droit,
S’il ne vous agrée pas, ne l’adjugez pas –
Je ne vous le dis pas, sauf de votre bon gré.

§81. Ils allèrent vers le sud depuis Temair jusqu’à Inber Féile et Inber Scéne, car c’est là que leurs navires étaient. Puis ils s’éloignèrent, à neuf vagues. Les druides d’Irlande et les poètes chantèrent des sortilèges derrière eux, de sorte qu’ils furent emportés loin de l’Irlande, et furent en détresse à cause de la mer. Ceci est un vent de sorciers! dit Éber Donn; voyez s’il est par-dessus le mât. Et il ne l’était pas. Patience! dit Airech, le navigateur du navire de Donn, jusqu’à l’arrivée d’Amorgen (Airech était le fils adoptif d’Amorgen). Ils allèrent tous de l’avant, jusqu’à être tous en un lieu. Donn, l’aîné, dit: C’est une disgrâce pour nos hommes de ruse, dit-il. Ce n’est pas une disgrâce! dit Amorgen; et il parla,

Je cherche la terre d’Irlande,
Que soit parcourue la mer poissonneuse,
Fructueuses les hautes terres comptées,
Compté le bois pluvieux,
Pluvieuse la rivière aux cataractes,
De cataractes le lac aux bassins,
De bassins la colline au puits,
D’un puits du peuple aux assemblées,
D’assemblées du roi de Temair;
Temair, colline des peuples,
Peuples des Fils de Míl,
De Míl aux navires, aux barques;
Le grand vaisseau Eriu,
Eriu la grande, très verte,
Une incantation très rusée,
La grande ruse des épouses de Bres,
De Bres, des épouses de Buaigne,
La puissante dame Eriu,
Erimón la harcela,

— et une accalmie du vent vint sur eux aussitôt.

§82. Donn dit: Je vais à présent, dit-il, mettre sous le fil de ma lance et de mon épée tous ceux qui sont en Irlande. Et le vent se leva contre le navire où se trouvaient Donn et Airech, deux fils de Mil, et le navire où se trouvaient Bres, Búas, et Buaighne; de sorte qu’ils furent noyés aux Dunes de Tech Duinn. Le tumulus de chaque homme se trouve là. Et là, disent certains, Díl, épouse de Donn, fut noyée. Elle était une fille de Míl, et Érimón lui-même jeta une motte de terre sur elle. Ceci est une motte au-dessus de Díl, dit-il. Ainsi Fotla fut nommé, comme certains disent.

§83. Toutefois, Odba fille de Míl, mère des trois fils d’Érimón, de Muimne, Luigne, et Laigne, c’est elle qu’Érimón déserta en Espagne, prenant Tea à sa place. Mais Odba vint du sud dans un navire, avec ses fils, et ils s’occupèrent d’elle jusqu’à ce qu’elle mourût à Odba. Ainsi dit-on Odba. Quant à Tea fille de Lugaid f. Íth, ce fut elle qu’Érimón prit à la place d’Odba; et elle dut choisir une colline en Irlande comme portion nuptiale. Tel est la dot qu’elle choisit, Druim Chain, la colline qui est Temair; Temair est Tea Mur, le Mur de Tea. Lugaid signifie Lug Íth, c’est-à-dire, Lug, qui fut moins que son père.

§84. Éremón avec trente navires navigua vers tribord contre l’Irlande vers le nord-ouest. Ceux-ci étaient ses chefs: Brego, Muirthenme, Fáat, Cuailnge, Érimón, Éber f. Ír, Amorgen, Colptha, Muimne, Luigne, Laigne, Gosten, Sétga, Suirge, Sobairche. En outre, ceux-ci sont les quatorze serviteurs: Ai, Mdne, Assal, Mide, Cuib, Cera, Sér, Slán, Ligen, Dul, Adal, Traig, Line. D’eux l’historien chanta,

Meadon, Meadair, Caeh, Dala,
Lotan, Pita, Cath, Cuanna,
Rus, Calna, Mag, Deana,
Cacha, Bonn, Findu, Buada.

Ils accostèrent à Inber Colptha; c’est-à-dire, Colptha f. Míl, c’est lui qui débarqua le premier, de sorte que c’est son nom qui est celui du port; ainsi Inber Colptha.

§85. Quant aux Fils de Breogan, ils ne laissèrent pas de descendance, seulement leurs noms sur la noble forteresse d’Irlande.

§86. Il n’y eut pas de descendant annoncé aux guerriers, Sétga, Gosten, Sobairche, et Suirge. D’Amorgen est Corcu Achrach à Éile, et l’Orbraige, et Corcu Airtbinn, et Corcu Airtbi.

§87. Éber f. Ír, de lui sont la progéniture d’Ollom Fotla et de Rudraige; tous les Ulaid sont de sa progéniture. De sa progéniture sont Conmaicne, Ciarraige, Corcomruad, et Corcu Duibne; Dál Moga Ruith (soit Fir Maige Féne) et Laigse de Laigin, Arad Chliach et les sept Sogains.

§88. Quant à Érimón, le meneur de l’expédition, de lui est Leth Cuinn, soit les quatre familles de Temair, Conall, Colmán, Eogan, et Aed Sláine. De lui sont les trois Connachta, et Airgialla, Laigin, et Osraige, les Déssi de Mumu, et les Ernai de Mumu, de qui était la descendance de Deda, ainsi que Conaire le Grand avec ses enfants (les hommes d’Alba et de Dál Riata); et les Muscraige, et Corco Baiscinn. Et des Ernai de Mumu sont Dál Fiatach, les rois d’Ulaid; ceux-là sont les descendants d’Érimón. D’eux aussi sont les Fotharta, de qui vint Brigit, et Fintan de Cluain Eidnech, Ui Ailella, et Ui Cheocháin. Des Fotharta sont ceux-là. [Ceux-là sont tous les descendants d’Érimón].

§89. Éber resta au sud avec trente navires. Ceux-ci sont ses meneurs, Bile, Míl, Cualu, Blád, Ebliu, Nár, Éber Donn, Éber Finn, Airech, Érannán, Lugaid, Ér, Orba, Ferón, Fergna, Én, Un, Etán, Caicher, Mantán, Fulmán. Ceux-ci sont les serviteurs, dont chaque homme avait un navire; Adar, Aire, Déisse, Dela, Clíu, Mórba, Fea, Life, Femen, Fera.

§90. Bile et Míl, de leur descendance sont tous les Gáedil. Cualu et Blad et Ebliu ne laissèrent pas de descendance, seulement leurs noms sur d’importantes montagnes. Nár f. Bile, à qui Ros Náir. Aucune progéniture des guerriers ne fut inscrite, c’est-à-dire, d’Ér, Étán, Caicher, Fulmán, Mantán. Éber Donn et Airech ne laissèrent pas d’enfant, car ils furent noyés, comme nous l’avons dit. Les quatre fils d’Éber, Ér, Orba, Ferón, Fergna, n’eurent pas d’enfant. Ils eurent une demi-année sur le trône d’Irlande, jusqu’à ce qu’Íriel ne les tuât.

§91. Lugaid f. Íth, cinq peuples viennent de lui, à savoir la famille de Dáire Doimthech, soit les cinq Lugaid – Lugaid Cal, à qui les Calraige de Connachta, Lugaid Corr à qui les Corpraige, Lugaid Corp à qui Dál Coirpre de Cliu, Lugaid Oircthe à qui Corcu Oircthi, Lugaid Láeg à qui Corcu Láegde; dont fut le fils de Dairine, Lugaid mac Con. Ailill Ólom c’est lui qui l’entretint; et il ne pouvait dormir avec quiconque sauf avec Elóir, un chien de chasse qu’Aiiill possédait.

§92. Quant à Éber Finn, de sa descendance sont Dál Cais, et Dál Cein, et Delbna, et les Déssi du Nord, et Dál Moscorb; Dál Mathra, hUi Derduib, Cathraige, Éile, et Túath Tuirbi; et les Eoganacht de Caissel, d’Áme, de Loch Loin, de Ráithlinn, de Glenn Amain, d’Ara, et de Ros Airgit. Ceux-là sont les descendants d’Éber.

§93. Il y eut une dispute entre les fils de Míl concernant la royauté, c’est-à-dire, entre Éber et Érimón. Amorgen fut amené à eux pour arbitrer entre les deux, et il dit: l’héritage du chef, Donn, au second, Érimón; et l’héritage à Éber après lui. Mais Éber ne voulut pas accepter cela – seulement une division de l’Irlande. Ceux-ci sont les trois premiers jugements qui furent donnés parmi les fils de Míl en Irlande: le jugement qu’Amorgen donna à Temair, et cette décision à Sliab Mis, et la décision qu’Amorgen donna à Cenn tSáile à Mumu sur les cerfs et les chevreuils et les quadrupèdes; ainsi dit le poète,

Là Amorgen donna-t-il le jugement
Ses voisins ne le cachent pas;
Après la bataille de Mala, une gloire sans déchéance,
Entre les armées des Fils de Mil.
A chacun il octroya son droit,
Alors qu’ils chassaient;
Chacun reçut son légitime dû de ses mains,
Par le jugement d’Amorgen, haut et grand.
La première blessure des cerfs, c’est connu,
Que ce soit un homme ou un chien qui déchire la peau,
Aux chiens cerviers, coutume sans faille,
Revient ce qui leur est jeté.
La part du dépeceur, ainsi il l’octroya,
Une bouchée du court cou;
Aux chiens courants les jambes du cerf,
Sienne sera une part qui ne peut augmenter.
Les parties internes à l’homme qui vient dernier,
Qu’il pense ce mets bon ou mauvais,
Il est certain qu’il n’est pas habilité,
D’en partager la division.
Une division générale à chacun
Par la suite – ce n’est pas vain –
Sans commander ici où là
Tel est le jugement que donna Amorgen.

§94. Enfin il y eut six chefs au sud et sept chefs au nord qui vinrent là; et Éber eut la royauté au sud et Erimón la royauté au nord. Les six du Sud étaient Éber lui-même, Lugaid f. Íth, Étán f. Oicce, Ún f. Uicce, Caicher, Fulman. Les sept du Nord étaient Érimón, Éber f. Ír, Amorgen, Gosten, Sétga, Sobairce, et le septième était Surge. De ces affaires Roigne le poète parla, le fils d’Ugoine le Grand, à Mál fils d’Ugoine son frère, quand Mál lui demanda: Chante ton expédition. Alors c’est là que Raigne dit –

Noble fils de Ugoine,
Comment atteint-on pleine connaissance de l’Irlande?
Il se leva de Scythie,
Feinius Farsaid lui-même;
Nél atteignit l’Egypte,
Y resta un temps fidèlement
Avec Pharaon en voyage.
Les fiançailles de Nél, de Scota,
La conception de notre père Gáedil,
Le nom de “Scot” répandit à l’extérieur
La belle fille de Pharaon.
Le peuple du Bon Dieu arriva ensemble
Avec châtiment d’une grande armée.
Cincris fut éteint,
Noyé dans la Mer Rouge.
Ils voyagèrent sur les flots
Arrivèrent en Scythie,
Qu’Eber Scot harcela;
Ils frappèrent Refioir,
Agnomain, Lamfind.
Ils naviguèrent sur la Caspienne
Entrèrent en Liuis,
Allèrent sur Toirrian,
Passèrent l’Afrique,
Arrivèrent en Espagne,
Où furent conçus Erimon,
Et Eber à Mile.
Bientôy Brego, Bile,
Pour venger Ith,
Groupés dans leurs barques,
Soixante leur nombre.
Les hommes en revenant
Divisèrent l’Irlande
Parmi deux fois six chefs.
Que la vérité de l’histoire suffise!
Je réponds à la question aisément.

§95. Ou ils dirent qu’ils étaient deux fois six hommes, c’est-à-dire les six fils de Míl et les six fils de Breogan – Érimón, Éber, Lugaid, Amorgen, Colptha, Ír; Brego, Bile, Fúat, Blad, Cualu, Cuailnge. De cette façon les Gáedil prirent l’Irlande; Ainsi se terminent les Prises de l’Irlande jusqu’ici.